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MUSIQUE POP/ROCK  page 4




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MARI BOINE

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PRIMUS

MASSIVE ATTACK

TOOL

RADIOHEAD

BJÖRK

GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR


ARCHIVE

EKOVA

A SILVER MT ZION

THE MARS VOLTA

OMAR RODRIGUEZ-LOPEZ
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PRIMUS (1989-en activité)

Trio américain inclassable mené par le bassiste chanteur Les Claypool, avec, pour la formation historique qui a donné les meilleurs albums du groupe, Tim Alexander à la batterie et Larry Lalonde à la guitare, tous trois excellents musiciens. Primus fait une musique originale méconnue en France, mais qui le place parmi les plus grands groupes des années 90. Comme on peut s'y attendre, le son se caractérise par une omniprésence de la basse,
souvent "slappée", à des rythmes d'enfer, à la fois rock, voire hard rock, jazz et funk (mais d'un funk blanc, froid, très sec, et sans la vulgarité propre au genre), colonne vertébrale d'une musique répétitive, agressive et narquoise, où la voix de Claypool ajoute une originalité supplémentaire : en effet, il chante comme un canard, avec un timbre nasillard, des petites histoires souvent humoristiques et décalées mettant en scène des animaux, ou antimilitaristes, ou critiques de la société américaine, ou ne voulant rien dire du tout... Par certains côtés, ça peut faire penser au groupe atypique The Residents. Le son du groupe joue aussi sur les dissonances qui ajoutent à l'ironie méchante de son style, car, en effet, c'est une musique méchante et inquiétante, avec un petit côté psychopathe, mais réjouissante... Ça groove terriblement, et les bons morceaux sont nombreux.
La première formation a été créée dès 1984, mais,
une fois n'est pas coutume, le premier album est enregistré en concert, en 1989, sur le compte de Claypool, Suck on this (1989), et contient 9 morceaux qui seront tous disséminés sur les albums studio suivants, ce pour quoi je ne les évoque pas ici. Issu d'une prise de son amateur, c'est brut, pas sophistiqué, et, si l'énergie "live" est bien là, et justifie l'acquisition, ça ne vaut cependant pas les versions studio...

- Frizzle Fry (1990) :
premier album studio, donc, et sans doute le meilleur de la discographie, il ne contient quasiment que de bons morceaux, et est d'une efficacité imparable. To defy the laws of tradition, qui ouvre l'album, est typique du son et des rythmes de Primus : ça entraîne instantanément, et le ton narquois en même temps que l'ambiance lourde vous embarquent, que vous le vouliez ou non. C'est à la fois brutal et délicieusement dissonant, en ne perdant jamais le groove qui caractérise le groupe, malgré les breaks, une autre de ses caractéristiques... Bref, si vous n'entrez pas là-dedans, pas la peine d'aller plus loin... Groundhogs'Day qui suit, est moins puissant, et vaut surtout pour ses breaks furieux. Too many puppies est un des classiques de Primus, particulièrement martelé, inquiétant, menaçant, charge anti-militariste d'une puissance rock impeccable. Couleur "metal" aussi pour Mr Knowitall, tout aussi efficace, lui aussi habité par quelques dissonances furieuses. Avec Frizzle fry, on aborde un autre aspect de Primus, avec un groove moins rapide, encore plus pesant, sombre, et une petite touche orientale, et là encore avec un break où le rythme s'accélère et la guitare fait un solo très "metal". L'un des tout meilleurs morceaux du groupe. John the fisherman est beaucoup plus banal et moins fort, plus ordinairement rock, et pas indispensable. Après un tout petit intermède de 25 secondes arrive The toys go winding down, un autre morceau mastodonte de cet excellent disque, dont l'effet massif surprend d'autant plus que son introduction est trompeuse. Encore un bijou imparable. Pudding time, autre classique du groupe, est plus lourdement rock, moins tendu, moins séduisant, mais ses dissonances ironiques sont assez envoûtantes. Autre petit intermède sans intérêt pour détourner l'attention, puis les déferlements de roulements de batterie annoncent la couleur de Spegetti western, autre morceau de bravoure sans concession. Harold the rocks est plus banalement mais parodiquement rock, et efficace, avec un break assez délirant. Enfin, après un petit retour du thème de "To defy the laws of tradition", le disque se conclut sur deux morceaux qui s'enchaînent, Hello Skinny/Constantinople, couple inquiétant jouant sur le bizarre et l'étrangeté... Pas ce qu'il y a de mieux, mais une curiosité... Bref, un disque phare...

- Sailing the seas of cheese (1991) : lui aussi encore bien inspiré, il mêle aux morceaux des intermèdes foutraques et bizarroïdes, donnant à l'ensemble une ambiance étrange, plus encore que sur le précédent. Here come the bastards, qui ouvre le disque, après une petite intro marine, est très répétitif et parodique, sur un rythme de marche comme pour un défilé de nains de jardin... Sgt Baker, autre charge anti-militariste, est l'un des meilleurs morceaux du disque, très répétitif aussi, accompagné des cris de commandement de Claypool, volontairement lourd mais très entraînant. American life est un des autres classiques de Primus, et vaut notamment pour son riff de basse qui structure la rythmique. Très bon morceau avec un break de guitare slide. Jerry was a race car driver vaut surtout pour la basse, et est assez plat par ailleurs, hormis le break très rock. En revanche, Eleven est un autre excellent morceau puissant et halluciné du groupe, à la rythmique obstinément marquée, dont le ton à la fois narquois et violent est hypnotisant. L'un des meilleurs de l'album. Is it luck est un morceau délirant, plus dissonant que les autres, saccadé, et la voix de psychopathe de Claypool achève de le rendre inquiétant, avec un côté punk. Après un petit intermède dérisoire (quelqu'un chante sous sa douche), Tommy the cat installe un rythme d'enfer, centré sur une basse funk particulièrement groovy et irrésistible, autre classique de Primus. A la fin, comme le public des concerts, vous gueulerez "Say Baby do you wanna lay down by me"... Autre intermède de musique acoustique étrange, puis Those damned blue-collar tweekers vous cloue avec sa rythmique lourde et son refrain martelé avec chœurs punk... Superbe morceau, avec un solo de basse. A côté, Fish on paraît plus plat, mais c'est aussi un bon morceau bien fichu et entraînant, avec une rythmique originale, un ton sombre et lourd, et des breaks efficaces. Puis l'album se clôt sur un retour de "Here come the bastards", renommé Los bastardos, en un délire réjouissant... A mon avis moins bon que le précédent, Sailing the seas of cheese est néanmoins un excellent disque.

- Pork Soda (1993) : les choses se gâtent. Si l'on trouve quelques excellents morceaux, ils sont moins nombreux, et le reste est plus sec, moins original, moins riche. L'inspiration semble diminuer, ou changer. Je ne vais donc évoquer que les meilleurs. En tout cas, après un premier petit intermède, My name is Mud fait partie des tubes de Primus, absolument irrésistible, où la basse dessine une rythmique implacable et hypnotique qui fait l'essentiel du morceau, tandis que Claypool raconte d'une voix inquiétante une sinistre histoire de meurtre, par un sombre crétin du fin fond de la campagne américaine. Un modèle du genre, qui ne ressemble qu'à lui-même. Incontournable. Welcome to this world semble lui aussi chanté par un psychopathe aux accents (très) inquiétants, et ses dissonances peuvent fasciner.  Bob, qui suit, est dans le même style, et semble directement enregistré dans un asile... The pressman est le dernier excellent morceau du disque, particulièrement tendu, avec une forte rupture entre couplet et refrain, centré sur la rythmique... Dmv, The diamondback sturgeon, Pork soda, Mr Krinkle font partie de ces morceaux plus secs, plus froids, à mon sens moins séduisants, moins stimulants, bien que plutôt bons, bien fichus, mais plus âpres, voire plus plats... Hamburger train est un instrumental de 8 minutes effréné, mais ennuyeux sur la distance... Les autres morceaux (The air is getting slippery, ou les petits instrumentaux Wounded knee et Hail santa) n'ont rien de fascinant et ne manqueraient pas s'ils n'étaient pas là...

- Tales from the Punchbowl (1995) : le ton continue de se durcir, et les morceaux séduisants sont encore moins nombreux. Les rythmiques deviennent encore plus sèches, plus brutales et les mélodies sont moins inspirées, comme on peut l'entendre dès le premier titre, Professor nutbutter's house of treats. Plus plaisant est Mrs Blaileen, le deuxième morceau, bien que pas l'un des meilleurs. Wynona's Big brown beaver est une amusante parodie de western. En revanche, Southbound Pachyderm renoue avec le meilleur de Primus, et propose quelque chose que le groupe n'a pas encore donné à entendre. C'est le plus sombre de ses morceaux, et l'un des plus beaux. Impossible de ne pas se laisser prendre par l'atmosphère pesante, inquiétante, et la mélodie, sans dissonance cette fois, et par la montée de la tension comme un suspense. Il faut aussi voir le clip en pâte à modeler... Un excellent morceau, d'ailleurs pas vraiment à l'image du groupe. Over the electric grapevine est à mon avis le dernier bon morceau de l'album. A nouveau, c'est le riff de basse assurant la rythmique qui en fait la force, ainsi que la mélodie en demi-teinte, puis la fin instrumentale prenante. Les autres morceaux, sans être mauvais, sont beaucoup moins captivants, et peuvent même lasser...

- Brown album (1997) : changement de direction, qui décide Tim Alexander à partir, remplacé par
Brian "Brain" Mantia. Pas un grand disque, il a un son brut, lourd, massif, plus organique en ce qui concerne la basse et la batterie, jouée sciemment de façon "bourrin", ce que fait ressortir la prise de son caverneuse, comme dans un garage. Album controversé, il n'est pas sans agrément et comporte quelques titres séduisants. The return of Sathington Willoughby, par exemple, le premier morceau, martelé comme une marche pesante, et une petite note énervante répétée par la guitare au refrain. Ça groove bien. Fisticuffs est dans la bonne moyenne. Over the falls est un des bons morceaux du disque, avec un son très organique, notamment parce que Claypool a troqué la basse contre la contrebasse, et Lalonde la guitare électrique contre la guitare sèche. Shake hands with beef est aussi un des morceaux séduisants, par le côté gras et massif de la basse, même si la mélodie est un peu plate. Kalamazoo, enfin, est le dernier titre intéressant, avec son riff de guitare entêtant, et ce stupide nom répété par Claypool... Ça fait peu pour un album de 15 titres... Le reste va de moyen à mauvais...

- Antipop (1999) : lui aussi globalement moins bon que les deux premiers, plus monotone, il a tout de même une énergie furieuse impressionnante, un "gros" son, et est plus agréablement homogène que les trois précédents ("Pork soda", "Tales from the Punchbowl" et "Brown album"), notamment parce qu'il est moins froid, plus carré, plus direct, avec des rythmiques plus joyeusement foutraques. C'est le cas des meilleurs morceaux, comme Electric uncle Sam, Narural Jœ, Laquer head, les trois premiers. Greet the sacred cow
au ton vaguement oriental, est particulièrement pulsé par la basse aux claquemennts redoutables, et s'impose comme sans doute le meilleur morceau du disque, d'une efficacité rythmique imparable. Mama did't raise no fool est à peu près aussi bon, aussi massif, et tout aussi puissant. Ballad of Bodacious est simple, sans subtilité, mais fonctionne bien.  The final voyage of the liquid sky est bien composé, sonne, mais le refrain est un peu plat. Coattails of a dead man, très inspiré de Tom Waits, rompt avec le reste de l'album, gueulé et martelé comme une chanson à boire. Sympathique mais sans plus. Sans oublier le morceau caché (pratique stupide mais courante à l'époque), The Heckler, qui ne figurait auparavant que sur le live "Suck on this", correct mais sans plus. En fait, même sans chef-d'œuvre, le disque est globalement bon, et d'assez bonne humeur... Seuls The Antipop, Dirty drowning man et Power mad sont au-dessous de l'ensemble, et Aclectic electric est trop long... Un disque très recommandable donc...

Le groupe s'est dissout en 2000, Les Claypool se livrant à une carrière parallèle et des expériences musicales diverses. Etonnamment, après une tentative de reformation manquée en 2004 (voir DVD), il refait surface en 2011, pour un nouvel album, avec Claypool, Lalonde, et le premier batteur du groupe, Jay Lane :
- Green Naugahyde (2011) : ça ne sonne pas comme du réchauffé, mais bien comme du Primus vivant. C'est efficace, bien enlevé, de bon niveau, mais on ne retrouve pas la touche qui faisait les meilleurs morceaux du groupe, c'est-à-dire les lignes mélodiques qui saisissent l'auditeur. Ici, pas de tube, et des rythmiques plutôt plus monotones, l'ensemble manquant d'inspiration. On retrouve des ingrédients connus, qui font penser à plusieurs albums précédents, mais sans la part d'invention réjouissante des deux premiers albums studio. Les meilleurs morceaux sont Last salmon man, du Primus pur jus, qui aurait pu être composé 15 ans plus tôt, Eyes of the squirrel, avec ambiance obsessionnelle et chœurs appuyés, mais trop long, Extinction burst, plus original, pas très séduisant sur le plan mélodique, mais avec un travail assez fascinant sur les voix, ou encore Moron TV. Hennepin crawler, Hoinfodaman, Tragedy's a' comin, Jilly's on smack sont corrects, et le reste ne retient guère l'attention... Pas indispensable, mais écoutable...

Pour faire vraiment le tour de Primus, il faut encore citer les deux mini-albums (EP) de reprises faites par le groupe (
Miscellanous debris, en 1992, et Rhinoplasty en 1998), exercice difficile, risqué, et bien étrange pour un groupe qui a son propre style et pas besoin de ça pour se faire connaître... Et il faut avouer que, si ces reprises sont bien faites, ça n'a pas grand intérêt. Il y a juste, dans "Rhinoplasty", une version live de Tommy the cat excellente, survoltée, où Claypool fait des prouesses à la basse.

Il existe aussi des DVD du groupe, mais pas complètement satisfaisants, et surtout pas édités du temps de sa splendeur. Le plus recommandable est Animals should not try to act like people (2003), vendu sous boîtier CD. Il regroupe tous les clips du groupe, et des vidéos amateures plus ou moins mauvaises de concerts. Même si ça ne constitue pas un vrai grand concert bien capté, ça donne une vision assez complète de son travail. En plus, il est accompagné d'un CD audio de 5 nouveaux titres originaux, dont deux sont excellents, et même indispensables aux amateurs : Mary the ice cube et My friend Fats, ce dernier faisant partie des meilleurs morceaux du groupe.
Il existe bien un DVD de concert intégral, Hallucino Genetics tour, mais il a été fait en 2004, le groupe s'étant reformé pour l'occasion, et tout est joué plus lentement que les originaux, le tonus n'étant visiblement plus le même, ce qui est un peu frustrant quand on connaît l'énergie initiale de Primus. Mais ça reste excellent et magistral, car on y entend tous leurs meilleurs morceaux.
Pour se faire une idée du groupe, non seulement tous les albums sont écoutables gratuitement en ligne, mais il y a pas mal de vidéos qui circulent sur youtube, et tous les CD se trouvent à moins de 10 euros...




MASSIVE ATTACK (1991- )

Sans doute s'attendrait-on à voir ce groupe classé dans la rubrique électro, mais comme sa musique est essentiellement constituée de chansons, et non d'instrumentaux, et qu'elle dépasse ce cadre, je le range ici... Je dois d'ailleurs reconnaître que j'ai longtemps renâclé avant de l'inclure dans le guide, parce que ce que je connaissais de Massive Attack (les tubes trop entendus) me laissait une impression mitigée, entre le côté bitumeux et sombre qui me plaisait bien et un côté "easy listening" trop propre, très bobo, très lisse et policé, qui sent un peu trop le night-club, quelle que soit son
influence historique indéniable sur l'évolution de la musique électronique. Bref, je trouve au Massive Attack des premiers albums un côté chiqué parfois irritant, et je resterais dubitatif sur sa réputation de grand groupe s'il n'avait ensuite atteint l'excellence dans ses derniers disques, qui sont pourtant les moins appréciés... D'ailleurs, comme tous les fans du groupe le savent, parler de groupe est délicat, puisque le personnel a beaucoup varié au fil des albums, et que seuls deux membres sont permanents, Robert del Naja (3D) et Grant Marshall (Daddy G), et encore... Une des marques de fabrique du groupe est d'inviter des chanteurs d'horizons variés et assez nombreux. Je n'évoque pas les remixes divers publiés par le groupe.

- Blue lines (1991) : franchement, si le groupe n'avait fait que ça, trip hop atteint des défauts cités plus haut, Massive Attack ne m'intéresserait pas. Voix R'n'B vulgaires (pléonasme), rythmiques souvent taillées pour le dance floor, morceaux assez lourds, dont l'insupportable U
nfinished sympathy, soupe sirupeuse et racoleuse typiquement faite pour les boîtes de nuit. On sortira du lot trois morceaux corrects : Safe from harm, One love, Blue lines. Pas indispensable.

- Protection (1994) : à peu près les mêmes critiques, sauf que, cette fois, les 2 seuls morceaux à garder sont très bons et valent le détour, karmacoma, irrésistible, avec son emprunt de chant diphonique mongol, et Euro child.

- Mezzanine (1998) : cet album a fait tellement couler d'encre et de salive qu'il est difficile d'en parler... Admettons que, en effet, il ait apporté du neuf en musique, et créé un genre. Mais si on se limite ici à un point de vue strictement artistique, c'est un album inégal, avec de très bons morceaux, mais aussi quelques (rares) choses creuses de peu d'intérêt. En effet, si le premier morceau, Angel, fascine tout de suite, le tube Tear drop est en revanche bien mièvre (avec la voix de Liz Fraser), et les deux instrumentaux Exchange n'ont aucun intérêt. Mais ce qui nous intéresse, ce sont les bons morceaux. Et justement, Angel,
hypnotique et bitumeux, d'une efficacité imparable, est excellent, et la voix originale et marquante, presque dérangeante, d'Horace Andy, apporte l'étrangeté nécessaire à ce morceau lugubre, pesant, très sombre, à la rythmique lente et obstinée, aux guitares rock, et à la basse goudronneuse. Risingson est moins fort et moins original mais reste un trip hop bien posé, efficace. Inertia creeps est le deuxième meilleur morceau du disque, avec ses percussions et ses samples orientalisants qui donnent une atmosphère sombre et prenante, quasi hypnotique, que la voix susurrée de del Naja renforce. L'ambiance reste aussi lourde dans Dissolved girl, au traitement électro implacable renforcé par des guitares rock puissantes, et où la voix de Sara Jay convient bien. Man next door, avec sa ritournelle qui prend la tête et la voix cette fois irritante d'Andy, Black milk, un peu monotone, et chantée par la voix pas forcément captivante d'Elizabeth Fraser, Mezzanine, trip hop à nouveau susurré par del Naja, sont plutôt en retrait par rapport aux titres précédemment évoqués, mais s'écoutent avec plaisir. Enfin, Group four, en décollant à la fin du morceau, gagne en puissance. Bon disque donc, avec quelques moments forts, mais ça n'est pas le meilleur disque du groupe, et il est probablement surévalué.

- 100 window (2003) : cet album a déçu ceux qui voulaient encore entendre du trip hop comme le groupe l'avait défini avant "Mezzanine", mais c'est pourtant, sans doute, son meilleur disque. En fait, laissé aux mains du seul del Naja, ce disque froid, éthéré est très réussi, sans déchet, et plus raffiné que les albums précédents. Moins dansant, plus musical, sans aucune faute de goût, il a un charme constant, un niveau de qualité qui se maintient tout du long, un beau travail sur le son, une certaine pureté de ton, sombre dans l'ensemble, même si la production est plutôt lumineuse... Un beau disque, aux couleurs inquiétantes, qui mérite d'être écouté avec attention, parce qu'il n'a pas de tube, et est moins facile d'accès que les trois précédents. Les voix sont émouvantes, particulièrement celle de Seaned O'Connor,
qui n'a rien des voix R'n'B vulgaires des deux premiers disques, impeccable dans les trois beaux titres qu'elle chante, What your soul sings, le fascinant et oppressant Special cases, avec ses cordes orientales, et surtout le magnifique A prayer for England, à la rythmique électro pressante et puissante très efficace. On retrouve les sinuosités des cordes orientales dans Butterfly caught, chanté par del Naja, qui récidive dans Small time shot away, autre morceau clairement électro délicatement synthétique, puis dans le morceau qui achève l'album en beauté, Antistar, hypnotique et lui aussi parcouru des sonorités fascinantes de cordes orientales. Bien sûr, on entend aussi l'habituel Horace Andy, dans l'excellent, glacial et aérien Everywhen, mais aussi dans le tout aussi beau et captivant Name taken. Le morceau caché, pas indispensable, n'est qu'une nappe de synthé évolutive et hypnotique de plusieurs minutes... Bref, des rythmes lents, et même alanguis, de la finesse, un beau travail de composition : Massive Attack/Robert del Naja produit sans doute ici son plus bel album.

- Heligoland (2010) : à peu près aussi bon que
"100th window", il en est la suite logique, ainsi que de "Mezzanine", même si Marshall est de retour, avec pas mal d'invités. Là non plus il n'y a guère de tube, mais c'est un disque tout en finesse, avec de belles qualités mélodiques, des timbres raffinés, un beau travail de production, peu de fautes de goût, et pas d'effets faciles, pas de grosse basse racoleuse dans le genre "dance floor", ni de voix vulgaire façon R'n'B : bref, un album homogène, sophistiqué et abouti. C'est élégant, toujours émouvant, mélancolique et intime, pressant et intense, mais sans ostentation. Pray for rain est inquiétant, sombre, avec la belle voix de Tunde Adebimpe, puis pressant au milieu du morceau, ponctué de percussions acoustiques sur une rythmique originale et prenante. Et tant pis si un break creux fait entendre des chœurs à la Beach boys sur une batterie plate et banale... Babel est une chanson plus ordinaire, plus conventionnelle, et la voix de Martina Topley Bird n'est pas terrible, mais le côté plus rock fonctionne assez bien. La moins bonne chanson de l'album. Splitting the atom commence avec des sonorités ringardes presque parodiques, qui laissent craindre le pire, mais l'atmosphère surannée est volontaire, cultivée par des claps à un rythme lent et lourd, et les trois voix de del Naja, Damon Albarn et Marshall (?) sont judicieusement accompagnées de chœurs achevant de donner au morceau son étrangeté onirique. Délicieusement décalé. Girl I love you est l'un des meilleurs morceaux de l'album, avec l'incontournable Horace Andy au chant, sur un rythme implacable mené par une basse lourde et obstinée, et dont la tension monte, gagnant en force et en ampleur, notamment par l'ajout de cuivres menaçants et sombres. Psyche est une petite chanson à la rythmique sobre, aux percussions sourdes et discrètes, menée par les arpèges métronomiques d'une guitare au tempo numérique, mais dont les arrangements simples soutiennent joliment la voix fraîche, cette fois émouvante, et le plus souvent doublée, de Topley Bird, qui chante ici un bijou mélodique, peut-être la plus émouvante chanson du disque. Flat of the blade est chantée par Albarn et Guy Garvey (la magnifique voix d'Elbow), morceau étrange aux harmonies dissonantes et lunatiques, qui gagne en force et en beauté émotionnelle quand des cordes synthétiques et des cuivres viennent rehausser le chant de Garver qui s'élève seul et beau. Très bon morceau. Paradise Circus repose elle aussi sur une rythmique originale, mariant des sons électro et claquements de mains, sur lesquels la voix d'Hope Sandoval, au timbre enfantin et un peu pervers, susurre un chant intime, sensuel et triste. Jolie chanson. Rush minute, malgré son départ sur une rythmique apparemment platement technoïde, est lui aussi un morceau sombre, triste, pressant, émouvant, à la basse intense, avec la voix susurrée de del Naja (?), et dont la tension monte continuellement. Saturday come slow semble nous entraîner dans une ballade douceâtre, une chanson de charme, par la voix incertaine d'Albarn questionnant assez conventionnellement "Do you love me ?", mais le slow s'appesantit heureusement d'une intensité tragique, d'une densité émotionnelle touchante, et on se surprend à poser la même question... Enfin, Atlas air, qui ouvre sur une intro ringarde martelée par une batterie disco, retrouve vite la douceur inquiétante apportée par la voix de del Naja et les arrangements aux teintes discrètement sombres, moins attendues, jusqu'à l'envolée instrumentale finale, où la rythmique prend tout son sens sur une belle boucle de synthé obsédante. Un beau disque.




TOOL (1992-2006)

Attention, voilà du lourd... Et pour cause, une fois n'est pas coutume, il s'agit d'un groupe de "metal". Comment cela se fait-il, vu ce que je pense de ce genre musical ? Tool est un groupe américain hors-normes, d'une force et d'une inventivité inhabituelles dans ce registre, et surtout d'une puissance tragique, d'une noirceur particulièrement fortes, qui le rendent très recommandable... C'est en fait un grand groupe, dont la musique a gagné en qualité et en intensité au fil des albums, composé du chanteur Maynard James Keenan, qui sait donner à sa voix des couleurs prenantes et variées, du guitariste Adam Jones, qui n'est pas un virtuose (pas de solo-qui-tue) mais assène ses rythmiques avec beaucoup de puissance, du batteur Danny Carey, impressionnant, surtout dans les derniers albums, et du bassiste Justin Chancellor (à partir de 1995), dont le son très présent et goudronneux donne une forte colonne vertébrale à l'ensemble. Il faut aussi ajouter que les compositions sont assez riches, plutôt complexes, avec des ruptures, changements de rythmes, souvent originaux et fouillés, produisant des atmosphères fortes, parfois dérangeantes, sombres et d'une pâte épaisse. On y sent un travail exigeant plus proche du rock progressif que du metal ordinaire, et les morceaux sont souvent longs. Je ne dirai rien des textes mystico-tordus des chansons, ni de l'esthétique morbide des clips, le tout malheureusement très malsain...
Seuls les trois derniers albums sont vraiment à conseiller, car ce sont les meilleurs, et leur premier disque, Opiate (1992), un EP regroupant 6 titres, est seulement du metal assez banal, tandis que leur premier vrai album (deuxième disque), Undertow, déjà plus inventif, beaucoup plus riche, n'a pas encore l'originalité ni la force mélodique des trois suivants :
- Aenima (1996) : deuxième album de Tool, il est globalement moins sophistiqué que les suivants, plus disparate, et plus basiquement "metal", comme le premier morceau, Stinkfist, ou encore Eulogy, Hooker with a penis, mais il comporte des aspects divers, comme des intermèdes bruitistes, ou une petite ritournelle à l'orgue de foire, un texte parlé avec un accent italien (Message to Harry Manback sans intérêt), ou encore une recette pour cuisiner les œufs de Satan, en allemand, sur fond de bruits industriels inquiétants (Die eier von Satan), ou enfin un "morceau" de bruits électriques appelé Ions... Si ça contribue à donner une ambiance bizarre au disque, ça n'est pas ce qui en fait le plus grand intérêt. Les morceaux qui justifient l'achat sont Useful idiot, pas original mais efficace, grâce aux ruptures et à la voix émouvante de Keenan, Forty six and 2, l'un des morceaux puissants de l'album, impeccablement mené, une vraie leçon de rock, Jimmy, très sombre, à la rythmique et à la voix prenantes, lui aussi très bien construit, Pushit, moins bon mais pas mal, Aenima, très efficace, tendu et oppressant, et enfin Third eye, très bon morceau fleuve de 13 minutes à ruptures et reprises, violent et puissant. Pas le meilleur disque, mais déjà très efficace.

- Lateralus (2001) : on passe à une autre dimension, la qualité sonore est meilleure, mieux maîtrisée, le son est plein, et les compositions atteignent une qualité globalement supérieure, avec une pesanteur plus goudronneuse. Le groupe prend ses distances par rapport au genre de référence, sauf dans Parabola et Ticks leeches, assez typiques du metal, mais néanmoins bons. On trouve encore des intermèdes sans intérêt, mais le disque est homogène, et je crois que rien n'est à jeter. Tout est puissant, prenant, émouvant, avec une force particulière dans les morceaux Schism (excellent, l'un des tout meilleurs), Reflection, au rythme oriental alangui et sombre, agrémenté de tabla indiens et de sarangui (instrument à cordes frottées aux sonorités tristes), morceau un peu long, parce que monotone, mais très beau. The grudge, Patient, Parabol, Lateralus, Disposition sont aussi très bons. Seuls Triad, trop long instrumental de 8 minutes, et Faaip de Diad, qui clôt l'album sur un cauchemar, peuvent être jugés pénibles... Un très bon album.

- 10,000 Days (2006) : encore meilleur que le précédent, cet excellent album est lui aussi homogène et bénéficie d'une très bonne qualité sonore. La basse et la batterie y sont plus présentes, plus pressantes, et contribuent beaucoup à faire monter la tension des meilleurs morceaux. Plus fouillé encore sur le plan rythmique, il me semble, la puissance de ce disque s'affirme dès le premier morceau, Vicarious, particulièrement efficace, idéalement suivi par Jambi, tout aussi envoûtant, mené par une rythmique guitare/basse/batterie implacable, et dont la séquence complètement enthousiasmante, après le break de 3'50", achève de sonner l'auditeur. 7'30" de puissance qui vous emporte. Ensuite, le morceau Wings for Marie est divisé en deux parties distinctes, la deuxième portant un deuxième titre, 10,000 days, l'un des morceaux phares du disque (11 minutes) qui, reprenant la première partie en lui donnant une dimension beaucoup plus puissante, la rend inutile... Peu importe, 10,000 days, d'abord amenée doucement et lentement par la basse, met en place une tension continue, par une rythmique sourde répétitive, très sombre, accompagnée par les bruits d'un orage et la voix de Keenan, en plus du martèlement d'une percussion simple et d'une guitare acoustique, et prend des accents celtes lancinants. Un très beau morceau qui n'a aucun rapport avec le metal, même si la fin, qui reprend la première partie, est en retrait et perd la tension maintenue pendant près de 9 minutes, en retournant à des riffs de guitare électrique convenus. The pot est un morceau efficace, tandis que Lost Keys (Blame Hofmann) et Rosetta Stoned, qui s'enchaînent et forment un morceau de 14 minutes, sont le vrai morceau de bravoure de l'album, et sans doute le meilleur. Lost keys n'est qu'une introduction de Rosetta Stoned, et ne fait que créer une ambiance particulière en plaquant des voix de séries télévisées sur des accords de guitare, puis le morceau commence vraiment de façon carrée, annonçant du metal assez classique, mais dévie heureusement au bout de 3 minutes, par un break qui l'amène vers une mélodie très belle, très émouvante, qui connaît plusieurs changements que je ne décrirai pas. C'est tout simplement excellent, et la voix de Keenan fait merveille. La plus belle chanson du disque, d'une grande puissance émotionnelle. Un morceau lent suit, accompagné de tabla, Intension, moins captivant, mais agréable, puis arrive encore un autre morceau excellent, Right in two, de plus de 9 minutes, amené lentement, calmement, lui aussi rythmé par des tabla, et prenant progressivement de la force, de l'ampleur pour devenir d'une puissance assez phénoménale... Reste un "morceau" bruitiste, Viginti tres
, assez cauchemardesque, qui achève le disque mais ne fait pas la valeur de cet album hors-normes...

Et depuis, plus rien, les membres du groupe ayant participé à d'autres expériences musicales.





RADIOHEAD (1992-en activité)

Incontestablement l'un des grands groupes anglais de l'histoire, qui restera au même titre que Pink Floyd, par exemple... Des 5 musiciens, il semble que deux personnalités ressortent nettement et aient une influence déterminante sur la musique : Thom Yorke, le chanteur guitariste, dont la voix exceptionnelle fait une bonne partie de la personnalité du groupe, et le guitariste/claviériste/bidouilleur Jonny Greenwood, dont les trouvailles sonores, en utilisant par exemple un synthétiseur modulaire ou des Ondes Martenot, font le reste de cette personnalité originale. La voix de Thom Yorke fait partie de ces voix qu'on adore ou qu'on déteste : aiguë, fragile, à la limite de la fêlure sans jamais faillir, déchirante. Le groupe est réputé pour être constitué de caractères plutôt introvertis, pour ne pas dire névrosés, ce qui paraît évident quand on voit les deux musiciens cités, et c'est peut-être de là qu'il tire sa force bluffante sur scène, où Radiohead excelle, sans esbrouffe, sans mise en scène, seulement par la synergie et l'énergie des 5 musiciens... Cela dit, Radiohead ne serait pas ce qu'il est s'il en était resté aux deux premiers albums. En effet, il s'agit d'une musique pop typiquement britannique, influencée par les groupes des années 60-70, faite de beaucoup de guitares, souvent acoustique, plutôt gentillette, bien faite mais pas très habitée et pas très puissante. D'ailleurs, à l'époque, Yorke, les cheveux teints, se produit sur scène en blondinet... Quelques tubes sortent du lot et les font connaître, mais de nombreux morceaux font "remplissage" et manquent sérieusement d'invention, d'engagement, d'originalité et de force. On peut isoler tout de même, dans les albums suivants, en précisant que je ne parle pas des bonus des éditions collector :
- Pablo Honey (1993) : You, rock bien poli fait pour plaire aux midinettes, Creep, succès planétaire efficace, violent, d'une belle intensité, mais avec des arrangements sans originalité, un peu sirupeux, les guitares rock en avant, où la voix de Yorke est loin de faire tout ce qu'elle peut... Blow Out est sympathique, et le reste est banal. Bref, pas grand chose...
- The Bends (1995) : High an dry, une jolie ballade pour séduire les adolescentes, Fake plastic trees, Bones, un rock bien enlevé mais assez banal, Nice Dream, ballade sirupeuse mais dont le passage énervé laisse présager une sauvagerie à venir, Just, un autre rock franc et sympathique très efficace en concert, avec une rythmique intéressante, My iron lung, probablement le meilleur morceau du disque, excellent sur scène, et Street spirit, tube très beau, il faut bien le reconnaître. Il est évident que le groupe a beaucoup progressé par rapport au précédent, mais ça n'est rien comparé à ce qui va suivre, et il ne serait pas dans ce guide s'il n'avait fait que ça...

- OK Computer (1997) : si le style reste résolument rock, la palette de couleurs s'élargit très sensiblement, enrichi par l'intégration de sons électroniques, et ne contient plus guère de bluettes faites pour plaire aux demoiselles, sauf "No Surprises", qui a évidemment beaucoup plu, mais qui n'est qu'une jolie guimauve romantique et mièvre... Les morceaux Air bag, Let down (très séduisant morceau un peu à la U2), Karma police et Lucky restent bien, quoi qu'on en dise, dans la lignée de "The Bends", et il n'y a pas vraiment rupture entre les deux albums, si on ne considère que ces morceaux, ce qui ne les empêche évidemment pas d'être bons... Seulement il y a aussi et d'abord Paranoid android, morceau à ruptures, de structure plus complexe, plus long aussi, moins confortable, alternant calme et violence, qui montre une nouvelle facette du groupe. Puis il y a surtout Exit music (for a film), musique absolument morbide, la plus sombre du groupe, où la voix de Yorke prend des risques qu'elle n'a jamais pris jusqu'ici, moins lisse qu'avant, sur le fil, enfin fragile comme elle le sera dorénavant, plus profonde et émouvante que jamais, d'autant qu'elle est nettement mise en avant dans le mix. L'originalité totale de ce morceau est renforcée par l'irruption de sons électro qui en rendent l'atmosphère glaçante et dépressive. Un chef-d'œuvre. La progression en est aussi originale, car il y a moins alternance couplet / refrain que montée et descente linéaires du volume et de l'intensité, donnant au morceau des proportions parfaites qui semblent ne pas pouvoir être modifiées en quoi que ce soit sans le déséquilibrer... Le clou est enfoncé par Fitter happier, morceau complètement neurasthénique mais magnifique où, sur fond d'une mélodie mélancolique jouée au piano, le "chant" est assuré par une voix numérique monocorde et glaciale. On est très loin des deux premiers albums ! Electioneering est un rock nerveux, qui serait presque classique si l'arrangement ne lui donnait pas un son réverbéré inhabituel, et si des voix ou des cris fantomatiques ne l'accompagnaient pas tout du long... Climbing up the Walls qui le suit est un autre chef-d'œuvre, d'une sauvagerie et d'une intensité exceptionnelles, où les arrangements électro font hurler la voix de Yorke de façon désespérée. The tourist est une ballade plutôt plate rehaussée par les chœurs d'un mellotron...
OK Computer est un album important, et permet de mieux comprendre comment le groupe a pu en arriver aux deux albums suivants, qui ont dérouté ses fans, et consacré son originalité.

Depuis l'album précédent, la voix de Yorke joue de sa fragilité déchirante, et cela devient la norme dans deux disques beaucoup moins rock, plus électro, plus froids, plus dépouillés, voire minimalistes, tristes, et où l'on voit ce que sont des artistes sincères, des gens qui cherchent et ne se répètent pas, poussés par une énergie créatrice qui ne se contente pas des sentiers battus, et n'hésitant pas à expérimenter :
- Kid A (2000) : les guitares rock se font discrètes, les claviers et les samples prennent leur place, la voix de Yorke est souvent filtrée, devient de plus en plus névrotique et lancinante, la musique est plus répétitive. Ça n'est plus du tout confortable, le rock est loin, et on a l'impression d'entrer dans un univers mental éprouvé par la souffrance. C'est superbe, fin, délicat, et les gens qui aimaient le groupe pour sa pop gentille des débuts sont perdus. Tant pis pour eux, car ne pas être capable d'entrer dans un monde de ce genre, c'est manquer de sensibilité. Tout est très bon, sauf le dernier morceau "Motion picture soundtrack", une petite berceuse avec chœur de peu d'intérêt, mais on peut insister sur The national anthem, qui s'adjoint des cuivres en délire, How to disappear completely, Optimistic, Idioteque (sublime)... Un ensemble complètement original, composé de joyaux uniques, où le groupe est véritablement créateur...
- Amnesiac (2001) : rien à dire de plus, puisque c'est la continuité directe du précédent, et que cet album a été fait pendant les mêmes sessions d'enregistrement. Mêmes qualités donc, même caractère malsain et délicieux, avec tout de même comme chefs-d'œuvre Pyramid song, d'une intensité à pleurer, I might be wrong, Knives out, Dollars and cents, Like spinning plates... On est si loin et tellement au-dessus de la pop des deux premiers albums... Kid A et Amnesiac sont deux chefs-d'œuvre qui resteront des phares de la musique : comme les grandes œuvres, ils apportent à la fois de l'inouï et du sublime, sont complètement orignaux et bouleversants.

Après cette espèce de quête introspective jusquauboutiste, Radiohead va à nouveau changer de direction, pour retourner vers le rock, tout en continuant à utiliser avec beaucoup de force l'électro explorée dans les deux précédents albums, et va naître en 2003 ce qui est, à mon sens, l'aboutissement et l'apothéose du groupe, atteignant un niveau qu'il ne pourra plus atteindre ensuite :
- Hail to the Thief
(2003) : cet album est très diversement apprécié, car il est très varié, à la fois près de "Kid A"/"Amnesiac" et d'"OK Computer", donnant l'impression d'être inégal et patchwork, là où on a affaire à un ensemble très complet, très riche, rempli de merveilles qui écrasent les autres albums. Cette mécompréhension s'explique sans doute par le fait que ceux qui ont aimé seulement le côté électro de Radiohead s'y retrouvent mal, étant donné les accents rock de bon nombre de morceaux. Ceux qui en sont restés à "Pablo Honey" et "The Bends" ne comprennent plus rien, car les hardiesses de cet album valent bien celles de "Kid A" et "Amnesiac". Seuls ceux qui découvrent le groupe à ce moment-là, et sans doute ceux qui ont adoré "OK Computer", apprécient cet album à sa juste valeur, car il est aussi varié, et d'une puissance inégalée dans les albums précédents. Pour ma part, je considère qu'il est une parfaite synthèse de la démarche du groupe et réunit au plus haut point les qualités qu'il a acquises. Ce disque est une somme, et la meilleure preuve en est qu'il ne reproduira plus une telle réussite ensuite... Je ne vais pas détailler les morceaux comme je suis tenté de le faire, mais pour croire que cet album est constitué de fonds de tiroir ou de choses dépareillées, il faut être sourd. On y trouve des morceaux dans la lignée électro, comme Sit down. stand up. qui monte doucement vers une fin frénétique, Backdrifts, The Gloaming ; mais aussi de très belles ballades comme Sail to the moonI will, A punchup at a wedding, Scatterbrain ; et enfin des merveilles pop/rock qui sont des chefs-d'œuvre comme 2+2=5, Where I end and you begin (un bijou), There there (tube absolument parfait où tout est à son exacte place), Myxomatosis (sons de synthés à pleurer, une merveille)... Et pas un seul morceau mauvais sur un album d'une heure ! Je passe sur la qualité du travail de production, sur les bidouillages géniaux de Greenwood dont les synthés ajoutent juste ce qu'il faut d'émotion et de beauté aux arrangements... Un disque dont les critiques n'ont sans doute pas encore mesuré l'importance. Un des grands sommets de la musique pop/rock.

Ça n'est sans doute pas un hasard si Radiohead mettra 4 ans avant de sortir l'album suivant, ayant eu beaucoup de mal à travailler à nouveau ensemble. Difficile de se renouveler après "Hail to the thief", d'autant que Yorke et Greenwood ont exprimé leur difficulté à relancer la machine. Tous les deux font d'ailleurs entre temps des expériences solo (bon album de Thom Yorke intitulé The eraser, voir plus loin).
- In rainbows
(2007) : qui rencontre un large public. Pas étonnant, car il est beaucoup plus accessible, mais tellement moins fort que le précédent. D'abord, la voix de Yorke semble légèrement voilée et lisse sur certains morceaux, d'une texture moins riche... Ensuite et surtout, la musique est globalement assez plate. Les critiques favorables disent que c'est l'album de la maturité, d'un certain calme enfin trouvé... Qu'est-ce que ça peut vouloir dire pour un créateur, d'être calme, sinon être mort en tant qu'artiste ? E
n tout cas en musique rock... Cet album qui a eu tant de mal à naître reste du Radiohead et s'écoute avec un vrai plaisir, mais la force créatrice semble tarie, car là où le groupe a toujours apporté du neuf, In rainbows ne fait que reprendre, copier, imiter avec succès, mais ne crée plus, ne va pas dans une nouvelle direction. Peut-être n'y a-t-il plus là que le savoir-faire du groupe, bon de toutes façons... Il y a même de mauvais morceaux, comme Reckoner, noyé dans le sirop d'une reverb envahissante et une mélodie passablement vulgaire. D'autres sont seulement agréables mais moyens, comme All I need, House of cards, morceaux un peu poussifs manquant de caractère. D'autres encore sont d'assez jolies ballades à l'eau de rose typiquement faites pour la voix de Yorke, comme Nude (belle mais rendue sirupeuse par les chœurs disneyens de la fin), Faust, tellement typique de Radiohead qu'on a bizarrement l'impression de l'avoir déjà entendue... Les meilleurs morceaux, qui se situent entre "OK Computer" et "Hail to the thief", sont 15 step, Body snatchers (le meilleur morceau de l'album), Weird fishes arpeggi et Jigsaw falling into place. Reste un seul morceau de couleur électro, et peut-être le plus émouvant : Videotape.

- The King of Limbs (2011) : il confirme mon analyse et l'impression que le groupe n'a plus l'énergie créatrice qui le caractérisa de "OK Computer" à "Hail to the thief". Moins facile que "In Rainbows", moins séduisant, il descend encore d'un cran, tout en lorgnant vers "Kid A" et "Amnesiac" par son caractère plus expérimental sur les premiers titres. Plutôt plaisant, notamment par
le côté électro, l'ambiance générale intime et en demi-teintes, il souffre d'une certaine platitude, de mollesse, d'un manque évident de force, et surtout de la perte du génie mélodique qui a fait les grands morceaux de Radiohead. Aucun titre n'atteint les grands moments évoqués plus haut, n'apporte de l'inattendu ou de l'"inentendu", et l'ensemble est un peu faible, paresseux, pas inventif. La voix de Tom Yorke est devenue plus lisse, plus détachée, moins vivante, moins urgente, avec quelque chose de douceâtre et maniéré, et même d'irritant. Il n'empêche que, produit d'un groupe à part, original, le disque peut s'écouter en entier avec un certain plaisir (faut dire qu'il ne dure que 38 minutes pour 8 titres), et que le ton en est unique. Bloom, à la rythmique électro froide et implacable, où la voix plane, tandis que la basse chante au-dessous, peut-être le meilleur morceau du disque, peut-être aussi le plus fouillé, avec un beau travail sur la voix, et une envolée synthétique réussie, Mr Magpie, plutôt facile et attendu, Little by little, morceau assez dense, mais à la manière de "In Rainbows", Feral, le plus sèchement électro, et un des plus convaincants, Lotus Flower, le "single" assez entraînant, avec quelques arrangements séduisants, mais assez racoleur : tous ces morceaux ont ce petit côté doucement "barré" qui sauve le disque de l'ennui, tandis que Give up the ghost et Separator sont d'assez jolies ballades consensuelles un peu plates, un peu trop sages et manquant d'originalité, sans doute les moins bons morceaux de l'album. Codex, avec un côté sombre et des arrangements émouvants, est le morceau le plus touchant... En général, quand un groupe n'a plus rien à dire, il se sépare. Radiohead continue, ombre de ce qu'il fut, ayant bien du mal à sortir 40 minutes de musique molle en plus de 3 ans...

Pour ce qui est des DVD, ça serait presque désespérant : le groupe se fait filmer partout, et on trouve sur le net beaucoup de concerts faits pour des télévisions, et donc par des équipes professionnelles, mais, à ce jour, seul un concert est sorti officiellement en DVD, d'avant "OK Computer" ! On se demande pourquoi les dizaines d'heures existantes ne sont pas publiées... Mais heureusement, un groupe de fans bénévoles a obtenu l'autorisation de filmer, par des moyens amateurs (80 petites caméras), le concert de Prague du 23 août 2009, ce qui a permis de faire un montage correct, auquel a été ajouté pour le son le mixage donné par le groupe lui-même... Le résultat est un DVD de bonne qualité à télécharger gratuitement, en divers formats, sur le site de l'initiateur du projet :
http://radiohead-prague.nataly.fr/Main.html
Un deuxième DVD est disponible sur le net, enregistré le 24 janvier 2010 à Los Angeles, publié aussi par des amateurs, avec l'accord du groupe, mais cette fois pour récolter de l'argent et venir en aide aux sinistrés du tremblement de terre d'Haïti. Il est aussi très satisfaisant, et est disponible en plusieurs formats, en échange d'un don ou gratuitement, là :
http://inez4bears.blogspot.com/2010/12/radiohead-for-haiti-multi-cam-dvd.html

En parallèle de Radiohead, certains des musiciens ont fait des albums solo, après "Hail to the hief", sans doute parce que le groupe était au bout de son histoire... Seul l'un d'eux mérite vraiment l'attention, et on ne sera guère étonné de constater que c'est celui de Thom Yorke :
- The Eraser (2006) : d'orientation électro, ses rythmiques sont essentiellement synthétiques et programmées, et l'ensemble est le produit du travail de Yorke et du producteur attitré de Radiohead, Nigel Godrich. Jonny Greenwood fait quelques apparitions.
Dans ce disque plutôt froid, intimiste, tout n'est pas du même intérêt, mais il y règne une atmosphère assez originale. Sur les 9 morceaux, il faut surtout retenir quelques bijoux comme le deuxième, Analyse, dont le très joli et touchant thème mélodique est rehaussé par des arrangements aux couleurs mélancoliques très réussies, avec notamment piano et sons de  synthés délicats. Le petit chef-d'œuvre du disque. The clock est lui aussi un bon morceau, à la rythmique électro rapide comportant quelques sons de bouche. Skip divided est minimaliste et assez barré pour produire une ambiance malsaine, contenant quelques bruits étranges. Atoms for peace est nettement moins bon, mais a le charme du dépouillement. And it rained all night est le deuxième excellent morceau de l'album, plus tendu que les précédents, où la voix de Yorke est intense, et le ton global est triste et sombre. Harrowdown hill est moins bon, mais a lui aussi une certaine tension, tant dans la voix que dans les arrangements, entre la guitare et les nappes de synthé tristes. Cymbal rush, le dernier morceau, est le troisième excellent morceau, doux, triste, synthétique, là encore avec beaucxoup de sons électroniques émouvants. Les seuls morceaux qui ne me semblent pas convaincants sont le premier, The eraser, à la rythmique et aux intonations un peu vulgaires, et Black swan, le quatrième, que je trouve banal, moins émouvant que le reste du disque. Tout ça nous fait un album court, mais unique en son genre, et tout à fait recommandable...






BJÖRK (1993-en activité)

Tout le monde connaît, bien sûr, mais tout le monde ne sait pas forcément quelle artiste exceptionnelle est cette petite bonne femme islandaise. Elle a un type de voix qui provoque soit l'adoration, soit la détestation, mais rarement l'indifférence : d'un registre large et assez rare, elle est capable de force et de violence, mais aussi d'accents enfantins ou encore d'intonations organiques très féminines, avec des effets de gorge que l'on peut juger impudiques car très intimes. Ces derniers caractères sont souvent la cause de l'irritation qu'elle produit. Elle est en tout cas une chanteuse puissante, épidermique, totalement engagée dans sa musique, très généreuse sur scène, et qui n'a cessé, depuis le début de sa carrière soliste, de chercher de nouvelles directions d'un disque à l'autre. D'ailleurs, entre 1993 et 2012, elle n'a fait que 7 albums, si on excepte la musique du film où elle a le rôle principal "Dancer in the dark" (2000), de Lars von Trier, et celle de "Drawing Restraint 9" (2005), film expérimental très esthétisant de son compagnon plasticien Matthew Barney. C'est pourquoi, pour en parler, il faut suivre sa discographie, car il y a des réussites dans tous ses albums, même s'ils sont inégaux, l'un de ses talents étant de savoir s'entourer de ceux qui vont enrichir son inspiration :

- Debut (1993) : album varié, au style pas affirmé, sans unité, mais plein de tubes qui ont remporté de gros succès, sans pour autant être les meilleurs de l'album. On y trouve des musiques plutôt "dance" à orientation commerciale, comme Crying, Big time sensuality, Violently happy, bien fichus, efficaces, mais racoleurs. Pas de quoi en faire l'artiste qu'elle deviendra par la suite. Human Behaviour est déjà plus original par sa rythmique, son atmosphère, de même que les ballades Venus as a boy, Aeroplane, Come to me, empreintes d'exotisme. Like someone et The anchor song changent complètement de teneur, puisque ni l'une ni l'autre n'ont de section rythmique, l'une n'accompagnant la voix de Björk qu'avec une harpe, le bruit des vagues et des cordes discrètes, l'autre qu'avec des saxophones. Enfin, le dernier morceau, Play dead, apporte un souffle épique et une tension tragique avec force cordes et cuivres, sorte de morceau dansant mais puissant où Björk pousse sa voix le plus loin possible. Bien que le plus vendu et le plus commercial, ça n'est pas son meilleur album.
- Post (1995) : album déjà plus "dur", où il n'y a plus que deux morceaux vraiment orientés "dance", Isobel et I miss you, mais très bons, indépendamment de leur caractère commercial. Hyperballad a aussi un rythme disco assez basique, mais qui ne se fait entendre que sur la deuxième moitié du morceau enrichi de cordes. Army of me, The modern things, Enjoy sont aussi des morceaux dansants, mais nettement moins confortables, cherchant quelque chose de plus dur, de plus âpre et moins sucré. Ce sont au demeurant des très bons morceaux. Et dans cet album, il y a aussi des morceaux dont l'atmosphère originale intrigue, montrant clairement que Björk cherche autre chose, loin du commerce : Possibly maybe, Cover me et Headphones, où elle joue avec les dissonances, où la voix se démultiplie, où la musique se fait plus minimale et intime, laissant entrevoir un univers qui n'apparaîtra que plus tard... Moins accrocheur que le précédent, Post propose pourtant une musique plus intéressante avec quelques bijoux.

- Homogenic
(1997) : gros changement avec ce disque bien plus abouti que les précédents, et avec lequel Björk entre dans la cour des grands, grâce à la qualité des arrangements et à sa couleur bien plus électro, ainsi qu'à une utilisation plus riche de sa voix. La richesse des sonorités synthétiques est due à Mark Bell, musicien électro, qui apporte ici une influence décisive... L'utilisation des cordes est aussi déterminante. A peu près tous les morceaux sont bons, le plus banal étant Alarm call, renouant avec un côté "dance" peu intéressant. En revanche, il y a là une suite de chefs-d'œuvre comme Hunter, Joga, Unravel, Bachelorette, les 4 premiers morceaux du disque, riches, forts, originaux, et plutôt noirs ! Comment ne pas être sous le charme ? All neon like et 5 years sont plus dépouillés et moins prenants, car plus pauvres. Immature, basé presque uniquement sur la voix de Björk, est un assez beau morceau, et contraste avec Pluto, seul morceau de l'album ayant une couleur industrielle marquée, et d'ailleurs hypnotisante, avec la voix distordue. Le dernier morceau de l'album, All is full of love, est une espèce d'enchantement sonore synthétique, planant, où résonne la voix de Björk comme un écho.  L'un des deux plus beaux disques de Björk, avec le suivant (si on considère Selma songs comme une parenthèse).
- Vespertine (2001) : quatrième vrai album de Björk, il change à nouveau de direction, et recèle sans doute quelques-uns de ses plus beaux morceaux. La tendance électro héritée d'"Homogenic" demeure, mais de façon plus discrète et intimiste, apparaissant surtout en programmation des rythmiques. Björk fait appel à un chœur traditionnel de femmes islandaises, et à une harpiste, Zeena Parkins, dont l'instrument se fait entendre dans la plupart des morceaux. L'atmosphère de l'album est beaucoup plus douce, presque organique, moins dramatique aussi, mais d'une grande beauté. Parmi les plus beaux morceaux, il y a Hidden place, Undo, magnifique chanson renforcée par un orchestre et des chœurs sublimes, Pagan pœtry, un chef-d'œuvre absolu, la plus belle chanson de l'album, d'une grande force émotionnelle, où la voix déchirante de Björk, poussée à ses limites,
fait merveille, sur fond de chœur de femmes, et accompagnée par une harpe aux accents à la fois asiatiques et celtiques. On y entend aussi le son clair et émouvant de la superbe boîte à musique que Björk s'est fait construire pour l'album. Unison, qui finit l'album, reprend un peu l'atmosphère lyrique d'"Homogenic", avec des envolées de violons et de la voix de Björk, un très beau morceau. Les autres morceaux de l'album sont moins marquants mais sont tous agréables.

- Medulla (2004) : on passe encore à autre chose. Les instruments sont presque remplacés par des voix ! Bien sûr, des traitements leur sont appliqués, mais le matériau de ce disque est presque exclusivement vocal. Inutile de dire que ça a dérouté les fans, et que ce disque n'est pas le plus gros succès de Björk, qui aime décidément prendre quelques risques... Pourtant, c'est non seulement intéressant comme démarche, mais c'est aussi créatif et vaut quelques très belles chansons, même si on est évidemment loin de la richesse des albums précédents. Pour éviter la monotonie, Björk s'entoure du Icelandic Choir qu'elle avait utilisé dans "Vespertine", mais aussi de plusieurs chanteurs spécialisés dans le "human beat box", comme Rahzel, Schlomo, Dokaka, ou dans les sons organiques impudiques et rauques, cris, souffles et râles divers comme Tagaq (Ancestors, morceau à la limite de l'écoutable pour le commun des mortels, Mouth cradle et Medulla). Elle invite aussi le chanteur Robert Wyatt, dont la voix peut être entendue en chœur dans le magnifique Submarine, ou samplée dans Oceania... L'ambiance générale est étrange, plutôt dépouillée, mais fait entrer dans un univers agréable et original. Les meilleurs morceaux sont Where is the line with you, où les percussions vocales produisent une rythmique forte et prenante, tandis que les chœurs épaississent et amplifient la texture sonore, comme le feraient des instruments ; Who is it, morceau mélodiquement plus ordinaire,
Submarine déjà cité, Desired constellation, l'ensemble du disque s'écoutant très bien dans la continuité.

- Drawing restraint 9 (2005) : disque à part, ensemble de morceaux acoustiques composés pour le film expérimental du même nom, fait par le compagnon de Björk, le plasticien Matthew Barney, où tous les deux apparaissent dans des costumes excentriques, embarqués à bord d'un baleinier japonais pendant la saison de pêche, autour d'une histoire de statuette en vaseline... Les plages sont donc inégales, alternant chants et morceaux instrumentaux, certains avec des voix et instruments japonais traditionnels, dont les sonorités heurtent les oreilles non averties, d'autres dissonants et inconfortables, par leur dépouillement, leur manque de séduction voulu, l'ensemble produisant une atmosphère exotique étrange, malsaine, conforme au film, rebutante pour bon nombre d'admirateurs de Björk, déroutés par ce côté "art contemporain". Pourtant, et c'est pour ça que j'en parle, le disque contient quelques beaux morceaux. Gratitude, le premier de l'album, chanté par la voix triste et touchante de Bonnie Prince Billy, c'est-à-dire Will Oldham, est une jolie chanson pleine de charme accompagnée par une harpe, les carillons que Björk a découverts dans "Vespertine", et un naïf chœur d'enfants. On retrouve tous ces sons carillonnants gracieux, additionnés de quelques percussions et cordes pincées, dans l'instrumental Ambergris march. Bath est chanté par Björk, presque a cappella, dont la voix se dédouble en des lignes peu mélodiques, troublantes, à peine accompagnée de quelques discrètes notes de harpe. Mais le meilleur morceau du disque est Storm, chanson puissante mais lente, sombre, inquiétante, très tendue, sur des bruits de tempête, avec les accents déchirants de la voix de Björk. Un beau morceau tragique et obsédant. Enfin, on peut citer Cetacea, chanson douce accompagnée de carillons délicats...

- Volta (2007) : un nouveau virage, mais, cette fois, l'artiste islandaise semble commencer à se répéter et à piétiner. En effet, non seulement pas un seul morceau n'a la force des chefs-d'œuvre rencontrés dans les disques précédents, malgré l'apport de couleurs instrumentales nouvelles, comme une section de cuivres, quelques instruments traditionnels asiatiques et africains
, mais Björk semble avoir complètement perdu son sens mélodique, car aucun air de l'album ne prend. Deux chansons sont des duos agréables avec Antony Hegarty, la belle voix androgyne d'Antony and the Johnsons, mais ça ne décolle pas. Elle dit avoir fait ce disque pour se divertir des précédents, mais c'est un disque mineur, à peu près sans intérêt, tout à fait dispensable et vite oublié.

- Biophilia(2011) : Björk est de retour, et reprend son parcours introspectif d'artiste en quête d'elle-même, allant une fois de plus où on ne l'attend pas, et c'est assez réussi. Dépouillé, épuré, c'est un disque intime qui met mal à l'aise ceux qui n'ont aimé ni "Medulla" ni la musique du film "Drawing Restraint 9", par quelques harmonies inconfortables, par l'accompagnement instrumental minimal, par des sonorités simples et souvent acoustiques, par l'absence d'effets racoleurs, et par le refus des séductions de rythmiques dansantes qu'on entendait dans ses premiers disques : Björk tourne le dos au grand public et à la musique de boîte. Et c'est tant mieux. Pas de morceau qui scotche, qui subjugue, mais un univers original, plutôt doux, où l'on ne trouve guère de morceaux bien carrés comme les tubes auxquels Björk nous a habitués, et une instrumentation inhabituelle, aux timbres recherchés et souvent organiques, plutôt acoustiques. Parmi les possibles "tubes", il y a Crystalline, au refrain accrocheur typique de Björk, à la rythmique électronique et aux sons carillonnants, un peu facile, mais qu'elle a le bon goût de dynamiter à la fin par un emportement électro particulièrement violent. Virus est encore plus susceptible de plaire aisément, par sa douce mélodie de berceuse, par la présence de clochettes diverses, et de l'instrument percussif à la mode, le hang, aux timbres bronzés très doux. On peut trouver ça un peu mièvre, mais c'est joli. Cosmogony, avec ses cuivres soyeux et son refrain plutôt consensuel, est à mon sens moins intéressante, peut-être la chanson la plus plate de l'album. On peut encore classer parmi les morceaux faciles d'accès Sacrifice, au thème séduisant, où l'on entend un des instruments inventés et fabriqués pour Björk (démarche entamée avec la boîte à musique de "Pagan Pœtry" dans "Vespertine"), qui sonne comme des cloches graves et résonnant peu... Moon, au début du disque, apporte la grâce de la harpe à un chant globalement doux, intime et accessible. Un joli morceau. Thunderbolt est beaucoup moins confortable aux oreilles peu ouvertes de ceux qui sont restés à "Violently happy", car la voix soliste et les chœurs sont accompagnés par un son de synthétiseur simple, dépouillé, au timbre gras et assez fascinant, jouant des lignes mélodiques déroutantes, produisant une ambiance atypique. Un des meilleurs morceaux du disque. Les autres chansons se rapprochent de l'atmophère de "Drawing restraint 9", et découragent plus d'un auditeur. En effet, Dark matter, avec ses lignes vocales non mélodieuses et son orgue dissonant, Hollow, avec l'omniprésence d'un orgue à tuyaux jouant un accompagnement atonal, Solstice, où la voix de Björk n'est épaulée que par une harpe aux couleurs orientales, Mutual core, où l'on entend à nouveau l'orgue, mais avec des ruptures électro très rythmées, ont fait bien des déçus... Mais ce sont de bons morceaux au charme très particulier, qui contribuent à la diversité et la richesse de ce disque. La version Deluxe de l'album propose 3 plages supplémentaires, dont 2 ne sont que des versions alternatives, très peu différentes, de "Hollow" et "Dark matter", mais la troisième plage vaut à elle seule l'investissement, car Nattura est un morceau inédit et très bon, sorte de déferlement de percussions ponctué par la voix urgente de Björk. Un morceau violent et assez fou. Bref, un disque à part, pas très commercial, intimiste, et vraiment recommandable.

Artiste complète (et un tantinet allumée), Björk soigne énormément ses clips,
quitte à opérer sur elle-même des transformations pas très séduisantes, cédant parfois à un certain exhibitionnisme ("Pagan pœtry", "Cocoon"), ses concerts, ses costumes qui portent la marque de son excentricité... Pour apprécier au mieux son univers, sa personnalité touchante et sa générosité, vous pouvez aller sur son site officiel, riche en photos étonnantes, mais rien de tel que les DVD de ses concerts. Et, pour l'heure, le meilleur reste Live at the royal opera house de Londres (c'est-à-dire Covent Garden), pendant la tournée de Vespertine, concert magnifique, où non seulement est joué l'album en question, mais où sont repris, bien sûr, les tubes des albums précédents. Zeena Parkins accompagne tous les morceaux à la harpe ou au célesta, le duo Matmos fait les arrangements électro, le chœur islandais accompagne toutes les chansons, ainsi qu'un orchestre symphonique, et on peut même y voir la boîte à musique citée plus haut. Tout est somptueux. Un très beau DVD de concert, une véritable artiste.




GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR (1994-2002)

Classé dans le post-rock mais complètement atypique,
Godspeed You ! Black Emperor était un groupe canadien, de Montréal, et faisait de la musique strictement instrumentale, en de longues plages répétitives composées de vagues ascendantes et descendantes, tant en rythme qu'en volume sonore, en lentes progressions hypnotiques, de forte intensité tragique, constituant une musique parfois assez lourde, plutôt monotone, mais aussi des morceaux d'une puissance morbide et dépressive rare qui régalent de leur profonde tristesse désespérée... C'est une musique basée sur des phrases mélodiques simples taillées dans une pâte sonore épaisse où se mêlent de manière souvent indistincte jusqu'à plus d'une dizaine d'instruments, guitares, basse, batterie, bien sûr, mais aussi cordes (violons, violoncelle et contrebasse), et parfois des instruments à vent. Les disques sont inégaux, mais on peut retenir essentiellement deux d'entre eux :
- f#a#∞ (1997) : premier album sur CD, trois morceaux, entre 16 et 22 minutes (plus un morceau caché), qui ressemblent plus à des rêveries, à des paysages mentaux qu'à des morceaux, enchaînant des phases souvent lentes, avec des ruptures, quelques rares montées intenses, et des voix parlées enregistrées à la radio ou ailleurs, le tout baignant l'auditeur dans une tristesse souvent assez calme et froide. Album plus posé que les autres, il a une atmosphère onirique originale et un climat morbide fascinant.
- Lift Your Skinny Fists Like Antennas To Heaven (2000) : l'album le plus connu du groupe, composé de seulement 4 plages entre 19 et 23 minutes, réparties sur 2 CD. C'est là particulièrement que l'on trouve ces lents, longs et douloureux crescendo désespérés et comme une sorte de testament du groupe, ou au moins la culmination de sa musique, dans les morceaux 2 et 3 (Static et Sleep), dont les plus beaux passages prennent vraiment les tripes. Les deux autres morceaux (Storm et Antennas to Heaven) ne sont pas sans lourdeur, et ne fonctionnent pas aussi bien...

Les autres albums, Slow Riot for New Zerø Kanada (1999) et Yanqui U.X.O (2002), bien que globalement corrects, sont plutôt dans la lignée des deux morceaux les moins bons de "Lift your Skinny Fists"..., car une certaine lourdeur et une forme de monotonie ne leur permettent pas d'atteindre les moments d'émotion des meilleurs titres du groupe.





ARCHIVE (1996-en activité)

Quoi, que fait ce groupe factice dans cette rubrique, parmi les plus grands ? Que les gens de goût se rassurent, c'est en effet un groupe surfait qui figure ici seulement, en gros, pour deux morceaux, et pas pour l'ensemble de son "œuvre", sa musique oscillant entre le très mauvais et le quasi sublime, et ne manifestant pas l'urgence d'artistes sincères. Ces gens ne sont sans doute que des faiseurs... Disons les choses plus clairement : après une première période trip-hop (1996-1999), la plus grande partie des morceaux d'Archive est constituée de chansons plutôt mièvres, voire carrément "guimauve", petite pop britannique médiocre, mais en général bien arrangée, avec un certain travail sur le son et l'instrumentation. A géométrie variable, et changeant au fil des départs, le groupe a vu passer plusieurs chanteurs et chanteuses. Ces dernières sont à peu près toujours calamiteuses, des petites voix blanches, sucrées, et se voient confier en général les titres les plus creux, tandis que les voix d'hommes prennent des intonations plus faites pour émouvoir les midinettes que pour satisfaire un besoin profond d'expression... On peut aussi lui reprocher une dérive "vintage", s'inspirant un peu trop, sur certains titres, du Pink Floyd des années 60, et d'un psychédélisme douceâtre... Seulement voilà, à côté de cette variétoche gentille agrémentée de couleurs électro plus ou moins intéressantes, le groupe a aussi fait quelques rares morceaux qui décollent complètement, contrastant d'une façon violente avec ce que je viens de décrire, notamment, semble-t-il, sous l'impulsion de Craig Walker, chanteur de 2001 à 2004, qui aura permis, le temps d'un album inégal, 
de donner au groupe un peu de grandeur :
- You all seem the same to me (2002) : ce disque, à côté de chansons de peu d'intérêt, propose 2 plages d'un quart d'heure absolument irrésistibles : Again et Finding it so hard. Il faut reconnaître que l'influence de Pink Floyd est assez évidente sur le premier, le deuxième ayant une scansion plus électro, que ça fonctionne sur des recettes faciles basées sur des cellules rythmiques et mélodiques répétitives sombres et tristes qui poussent à la transe, avec une montée paroxystique de la tension... Quand on sait faire ça, c'est gagnant à tous les coups... Mais justement, il n'y a apparemment qu'Archive qui ait su le faire dans les années 2000, et il est impossible d'écouter ces deux morceaux sans être complètement emporté, hypnotisé par la puissance qui s'en dégage, par la force tragique et obsédante qui s'installe peu à peu. Ça n'innove certes pas, et beaucoup de critiques leur reprochent le côté "ersatz" de rock progressif, mais c'est être sourd que de ne pas entendre la réussite évidente du mélange. Bref, ce sont seulement ces deux morceaux qui valent au groupe d'être dans cette rubrique, auxquels il faut ajouter Numb (à peine 6 minutes), morceau moins bon mais très efficace, hyper répétitif, plus électro, visant lui aussi un effet de transe chez l'auditeur... D'ailleurs, pour convaincre les plus récalcitrants : imaginez que ces morceaux aient été faits au début des années 70, et vous devrez bien admettre qu'on vouerait un culte aux auteurs de ces morceaux avec la même ferveur qu'à Pink Floyd, King Crimson etc. Et le décalage temporel ne fait rien à l'affaire...
A cela on peut encore ajouter un titre paru initialement sur l'EP Absurd la même année, Junkie Shuffle, qui commence comme une chanson un peu gentille, continue par une ligne mélodique
un peu mièvre au synthé, mais dévie rapidement, vers 3'30", avec l'arrivée de la rythmique guitare/basse/batterie, vers un nouveau morceau de transe électro jubilatoire, le tout s'étalant sur 10 minutes.
Enfin, pour faire le tour de la question, on peut encore évoquer Lights, dans l'album du même nom (2006), qui propose, au cours de ses 18 minutes, un peu la même chose qu'"Again", mais en plus doux, plus sentimental, plus plat, avec un moins bon chanteur, à mon sens beaucoup moins inspiré, qui sent franchement le réchauffé... C'est clairement un plagiat, mais ça s'écoute... On peut encore citer quelques morceaux assez réussis comme Noise ou la deuxième moitié de Waste (la première moitié est platement mièvre), dans l'album Noise (2004), Dangervisit, dans Controlling Crowds (2009), et encore Pills, dans l'album Controlling Crowds Part IV, une chanson de 4 minutes assez envoûtante, répétitive et obstinée, pas très bien mise en valeur dans la version studio, mais prenant toute son ampleur en public, où sa durée est doublée...




EKOVA (1998-2001)

Un autre caprice "word music" après Mari Boine, ce groupe malheureusement éclair qui, en deux albums, a produit une musique vivante, unique, riche d'influences diverses, originale, sincère et chaude, contrairement à pas mal de groupes célèbres qui affadissent les musiques traditionnelles dont ils s'inspirent pour en faire des trucs grandiloquents et aseptisés. Les trois musiciens d'Ekova sont Dierdre Dubois, chanteuse américaine à la voix chaude et profonde
Arach Khalatbar, percussionniste et clarinettiste iranien, Mehdi Haddab, joueur de oud (luth arabe) algérien, formant un groupe hybride des plus réussis, et qui a atteint en un si petit lapse de temps la dimension créatrice d'un grand groupe. J'oubliais de signaler les arrangements électroniques de l'ensemble, surtout dans le deuxième album. C'est très rythmé, dansant, ça pulse et c'est souvent beau :
- Heaven dust (1998) : les airs vont des influences d'Afrique du nord à la musique celtique, jouée par beaucoup d'instruments traditionnels de diverses provenances. Certains morceaux sont riches en couleurs sonores, d'autres sont plus "roots", plus primitifs, et les arrangements électro restent sages et discrets. Avec la voix généreuse de la chanteuse, les morceaux sont souvent puissants, et les plus beaux sont sans doute Todosim, Sister, In my prime, Helas and reason (sublime), et Venus and one... Rien qu'avec ce disque, Ekova s'imposait comme un groupe fort et original.
- Space lullabies and other fantasmagore (2001) : l'influence de la musique maghrébine est moins forte, le son s'enrichit d'autres couleurs plus variées, et les arrangements électro, beaucoup plus présents, donnent à la musique du groupe un caractère plus foisonnant, et nettement plus puissant ! Album magnifique, entraînant, hypnotisant, de la pleine maturité, trois ans après le premier, qui place le groupe à un niveau exceptionnel, bien au-dessus de la plupart des disques classés dans le genre "musiques du monde". Les morceaux sont souvent tendus, forts, même si certains sont simplement joyeux, comme Steel bird ou Siip Siie... Attention particulière à porter aux morceaux suivants : How sweet mal, à la rythmique électro enivrante, Son sourrit pale, The storm (particulièrement puissant) et Cruel sister, une chanson anglaise traditionnelle, ici étendue sur 10 minutes de bonheur... Vraiment un disque qui compte, mais qui, le groupe ayant disparu, restera sans doute méconnu.




A SILVER MOUNT ZION (2000-en activité)

Sans doute pas un des grands groupes censés être présentés dans cette liste, mais en voilà un encore plus "barré" que ceux cités jusqu'ici... Musique neurasthénique, dépressive au possible, et forcément émouvante... Le groupe est la suite dérivée de Godspeed You ! Black Emperor (voir plus haut). Efrim Menuck, le leader du groupe, Sophie Trudeau, violoniste, et Thierry Amar, violoncelliste, issus de cette formation dominée par les flots des guitares électriques où l'on entendait peu les cordes, ont fondé
, s'adjoignant d'autres musiciens, A silver Mount Zion, dont le nom varie d'un disque à un autre, pouvant aller jusqu'à "A Silver Mt Zion Memorial Orchestra and Tralala Band". Les guitares y sont beaucoup plus discrètes, au profit des violons, violoncelles, et surtout des voix, car Menuck chante, avec un timbre original, entre Johnny Rotten et Vic Chesnutt, c'est-à-dire déchiré, fragile, plaintif, à la limite de la fausseté, mais très émouvant, et les autres musiciens font les chœurs dans le même registre. Ne pas oublier pour autant la batterie, jouée par des musiciens occasionnels, et la contrebasse, qui contribue à donner une couleur originale en appuyant des rythmes nostalgiques. Ces musiciens sont aussi des militants anti-capitalistes, dont les engagements politiques marqués animent les paroles des chansons, les prestations scéniques, et leur mode de vie, plutôt proche de l'anarchisme. On dirait un peu des post-hippies... Ces choix vont de paire avec des dénonciations répétées de la société de consommation, et un parti pris qui les fait publier leurs disques par une maison d'édition indépendante, où ils conçoivent leurs pochettes de disques eux-mêmes... Ajoutons à cela un côté mystique un peu allumé pour compléter le tableau, et vous obtenez un groupe vraiment à part, sincère et sans concession. Mais la musique ? Elle est fascinante, hypnotique, souvent d'une tristesse désespérée.
- He Has Left Us Alone but Shafts of Light Sometimes Grace the Corner of Our Rooms... (2000) : titre très long, pour un album de moins de 50 minutes, essentiellement instrumental, mais à l'ambiance délicate, triste, et globalement douce. Il n'y a que deux morceaux, ou deux séquences de plages qui s'enchaînent, chacune comprenant 4 sous-parties... Le premier morceau donne tout de suite le ton : quelques traits de violon, un piano qui martèle un rythme funèbre et égrène quelques accords nostalgiques, tandis que des voix enregistrées à la radio parlant de paix résonnent. Et tout le disque garde cette atmosphère dépressive, centrée sur le piano et les violons, s'obstinant à répéter des phrases mélodiques simples et obsédantes. On pourra trouver ça morbide, trop appuyé, mais dans ce genre, c'est une réussite... Je ne cite pas de morceau, l'ensemble ayant une grande unité. Seule la 4ème plage, chantée, est en retrait, car Menuck n'y a pas encore trouvé le ton qui sera le sien par la suite. Facétie du groupe : les minutages indiqués sont fantaisistes et ne correspondent pas aux morceaux, et la plage 6, qui porte pourtant un titre, n'est qu'un silence de 5 secondes...
- Born into Trouble as the Sparks Fly Upward (2001) : pas indispensable, il est globalement moins habité que le précédent, plus mou, plus lent, étiré, même s'il en garde l'esprit (piano nostalgique et violons). Une exception pour la première chanson où Menuck a trouvé son style et met en évidence sa voix déchirante, sur un accompagnement lancinant, pressant, Take These Hands and Throw Them in the River. Le moins bon disque du groupe.

- "This Is Our Punk-Rock," Thee Rusted Satellites Gather+Sing (2003) : 3ème album, il est encore très attaché à la pâte sonore étirée des longs passages instrumentaux, l'heure que dure le disque ne comportant que 4 morceaux, mais le recours au chant de Menuck est cette fois systématique (excepté dans le premier morceau), toujours douloureux, et aux couleurs des cordes s'ajoutent sur deux morceaux les voix d'un chœur amateur, ajoutant au côté artisanal et décalé de l'ensemble. Le premier morceau, d'un quart d'heure, Sow some lonesome corner so many flowers bloom, enchaîne trois parties, la première faisant entendre un chœur en canon scandant des motifs répétitifs (mais pas de paroles), pas très passionnant mais plaisant, la deuxième, plus belle, centrée sur les cordes étirées, puis la troisième amenant à une section plus animée, par l'ajout de la batterie marquant un rythme soutenu. La deuxième plage d'un quart d'heure enchaîne deux morceaux, Babylon was built on fire et Stars no stars, d'abord une chanson lente, triste, sans batterie, où domine la voix geignarde et déchirante, qui laisse la place après 10 minutes à une litanie lancinante, où une même phrase est répétée obstinément et décuplée par l'ajout de voix de Menuck (re-recording), prenant une grande intensité. American motor et Smoldered field qui s'enchaînent pour former la troisième plage commencent par une ballade triste à la guitare sèche, accompagnée des violons, puis s'enrichit après 4'40" des guitares électriques et de la batterie, laissant la place à une partie instrumentale, avant de finir sur une phrase chantée répétée jusqu'au bout de ce morceau de 12 minutes... Enfin, le dernier morceau de l'album, Goodbye desolate railyard, propose le mélange le plus étrange du disque, car, s'il commence par une ballade douce-amère plutôt banale (guitare sèche, violons, piano, voix), il vire après 4 minutes en longs traits de violons traités par des effets, en de grandes nappes de plusieurs minutes, proches de grincements, sans mélodie, abstraites, informes, stridentes, de quoi décontenancer l'auditeur. Mais ça n'est pas fini : après la huitième minute, ces violons laissent peu à peu place aux bruits d'un train tel qu'on les entend de l'intérieur d'un wagon, pendant deux minutes, avant de s'estomper, eux aussi, débouchant sur une chanson douce, très émouvante, accompagnée juste par une guitare sèche, où Menuck puis le chœur du début de l'album répètent jusqu'à se taire une seule phrase "every body gets a little love sometimes...", laissant la place à un silence qui s'impose...
- Pretty Little Lightning Paw (2004) : c'est un EP d'une demi-heure, pas très bien finalisé (le son est bâclé, manque de relief, le mixage est mauvais), mais, après un premier morceau sans intérêt, on y trouve deux belles chansons d'une dizaine de minutes chacune, Microphones in the Trees, jouant avec un écho ajouté à la voix de Menuck, et un chœur donnant une belle intensité émouvante, et le morceau-titre, Pretty Little Lightning Paw, l'un des plus étranges morceaux du groupe, obstinément répétitif, entêté, obsédant, dont la fin se mêle à d'étranges chants d'oiseaux... Ces deux morceaux valent largement l'achat du disque. Le quatrième et dernier morceau, There's a river in the valley made of melting snow, passe presque inaperçu, parce que mal arrangé et noyé dans la réverbération, et moins intense que les deux précédents, mais il gagne beaucoup en concert. Pour ça, voir plus bas...
- Horses in the Sky (2005) : peut-être le meilleur disque du groupe, avec le suivant. On y trouve quelques morceaux particulièrement intenses, comme le premier, God Bless Our Dead Marines (11'30"), dont le ton est donné dès le début par la contrebasse (puis violons, guitares, chant éraillé), très vite épaissi par des coups lourds et sourds de percussions intenses, pour devenir lancinant. Après une rupture à 3'30", une autre mélodie arrangée avec les mêmes couleurs, la même batterie, repart avec la même force, et monte ainsi jusqu'à 8', où une nouvelle rupture amène des chœurs en canon, presque a cappella, juste soutenus par un piano et une grosse caisse, le tout particulièrement intense, prenant, un des meilleurs morceaux du groupe, qui rend très bien en concert. Mountains of steam (9 minutes), lui aussi l'un des plus beaux morceaux du groupe, très intense malgré l'absence de batterie, débute délicatement par des pizzicati de violon et violoncelle avant de se tendre de plus en plus jusqu'à la montée des chœurs puis de la guitare électrique, avant de redescendre, les guitares laissant à nouveau la place aux voix, la rythmique étant scandée par le violoncelle. Magnifique. Horses in the sky, titre de l'album, en est la moins bonne chanson. C'est une berceuse un peu triste qui sent le feu de camp, teintée baba, qui gagne en force à la fin, lorsque Menuck répète une phrase comme un chien hurle à la lune... Teddy Roosevelt's gun's est une autre excellente chanson de près de 10 minutes, intense, lancinante, obsédante, répétitive, qui devient un brouhaha instrumental après 5 minutes, s'enrichissant de coups de batterie, de sonorités agressives et saturées des guitares, la voix aiguë, prenante, répétant le titre jusqu'à la fin. Hang to each other descend d'un cran, suite de phrases répétées a cappella, qui rendent très bien en concert, mais ici peu passionnant, bien qu'agréable. Enfin, Ring them bells (Freedom Has Come and Gone), qui clôt l'album, est un autre joli et long morceau triste (13 minutes), avec plusieurs ruptures, mais manque un peu de relief...
- 13 Blues for Thirteen Moons (2008) : suite logique d'"Horses in the sky", cet album a un ton plus rock, et gagne encore en intensité. Le chant devient vraiment lancinant, les morceaux sont plus longs que sur l'album précédent (entre 13 et 16 minutes !), plus complexes, plus composés, et d'une grande puissance dramatique. Même si le compteur de votre lecteur CD affiche 16 plages, donc apparemment 16 morceaux, l'album n'en contient en fait que 4 (de 13 à 16), les 12 premiers n'étant qu'un défilement du compteur, en une minute, de plages de 5 secondes, sur un son électronique... Une facétie pour brouiller les pistes parmi d'autres... 1000000 died to make this sound qui ouvre l'album commence par un chœur presque a cappella répétant le titre, s'épaississant par l'arrivée de la batterie, puis des guitares électriques, morceau puissant, incantatoire, rythmé par le violoncelle et la contrebasse, où les voix se font gueulantes un peu à la manière punk (pas très mélodieuses), l'ensemble formant un assez joyeux foutoir, très efficace en concert. 13 blues for thirteen moons (16 minutes), qui suit, est le meilleur morceau de l'album, et un des tout meilleurs du groupe, commençant par de grands coups de batterie introduisant la voix criarde de Menuck, amplifiée par les chœurs et les guitares, dans une tension puissante, désespérée, magnifique. A 5'40", rupture brutale puis redémarrage très doux sur une autre mélodie à la guitare sèche, puis à nouveau montée en tension et en violence... Black waters blowed/Engine broke blues n'a pas la même force, enchaînant une première chanson où la longue plainte chantée manque de direction mélodique, jusqu'à ce qu'un refrain émouvant donne du relief, de la force, de la beauté après les 5 premières minutes, appuyé par la batterie et les guitares, avant de reperdre un peu d'intensité... Blindblindblind, le dernier morceau, est aussi le plus léger, le plus positif, le moins prenant, mais reste recommandable. Bref, un disque avec des tripes et de la fièvre autant que vous en voulez, avec toujours un côté amateur et foutraque...

- Kollaps Tradixionales (2010) : dernier album en date, il est plutôt plus rock, plus violent que les précédents, mais pas le meilleur, moins bien que "Horses in the sky" et "13 Blues for Thirteen Moons", et le son est toujours aussi médiocre. Le premier morceau, There is Light, qui est le plus long (15'), est malheureusement aussi le plus pâteux, le plus lourd et le plus mou du disque, notamment par des ajouts de cuivres pas très heureux. Ça s'écoute assez bien, mais c'est trop appuyé, maladroit, trop long malgré l'intensité dramatique. La voix de Menuck, toujours à la limite, est cette fois fausse à plusieurs reprises. I built myself a metal bird, qui suit, est nettement plus court (6'), plus ramassé et plus nerveux, mais meilleur, avec chant lancinant à plusieurs voix, violons et guitare saturés. Efficace, violent, avec quelques ruptures de rythme, c'est un des meilleurs du disque. Le suivant,
I fed my metal bird with the wings of other metal birds, prend son envol après plus de 3 minutes, et les voix n'apparaissent que pour achever le morceau, lui aussi de 6 minutes. Pas mal mais pas le plus marquant. La ballade qui suit, Kollapz tradixional (Thee olde dirty flag), est une complainte triste assez belle... Après une deuxième ballade très courte (1'25"), arrive sans doute le meilleur morceau du disque, Kollaps Tradixional (bury 3 dynamos), qui démarre après une introduction d'1'40" menée par la guitare et les violons, sur un rythme lourd et marqué, avec une ligne mélodique prenante faisant penser à des musiques celtes. Le refrain est haletant, lancinant, répétitif, et le morceau s'intensifie très sensiblement, par l'arrivée d'une rythmique appuyée à la guitare, qui reste bientôt seule pour finir, au bout de plus de 6 minutes, ce qui paraît bien court... C'est ce morceau-là, plein d'énergie et de force, qu'on aurait aimé voir développer plus longuement... L'album s'achève sur 'Piphany Rambler, bon morceau de 14 minutes qui commence doucement, lent pendant les 5 premières minutes, par les sons réverbérés de la guitare et les pizzicati des violons, et qu'une ligne mélodique émouvante intensifie, avant une rupture qui ramène le calme, puis relance une rythmique lente, pesante, tandis que, peu à peu, la masse sonore s'épaissit, le rythme s'accélère, le chant devient plus lancinant, ainsi que les violons, pour un final vraiment puissant et beau. Un album plutôt en retrait, donc, mais recommandable pour au moins trois morceaux.

C
oncernant ses concerts, le groupe a une attitude conforme à ses engagements, autorisant la publication sur le net des enregistrements amateurs, ce qui fait que l'on en trouve une grande quantité, parfois presque aussi bons que des enregistrements professionnels, sur un site d'archivage exceptionnel, Internet Archive, où on peut les télécharger légalement :
http://www.archive.org/search.php?query=A%20Silver%20Mt%20Zion%20AND%20collection%3Aetree





THE MARS VOLTA (2002-en activité)

Groupe américain fortement teinté hispano, original et complètement atypique, centré sur Omar Rodríguez-López, guitariste, et 
Cedric Bixler-Zavala, chanteur. Les musiciens qui les entourent changent plus ou moins, et comptent un bassiste, un batteur (l'exceptionnel Jon Theodore sur les deux premiers albums), un claviériste et souvent un saxophoniste, dont l'instrument est toujours très bien utilisé, bien dosé, placé impeccablement. C'est sans doute le groupe le plus représentatif de ce qu'est devenu le rock progressif, et il est une synthèse étonnante d'une grande quantité d'influences des années 70 et suivantes. Ces deux types, qui ne se cachent pas d'abuser de substances illicites (qui ont coûté la vie à un des premiers musiciens du groupe), en tirent visiblement une énergie incroyable, passant d'un rock violent à des plages instrumentales plus ou moins planantes, avec de nombreuses ruptures de rythme. La musique est survitaminée, riche, variée, la voix aiguë du chanteur allant parfaitement avec le reste. Le niveau d'exigence du groupe semble élevé, si on en juge par la complexité des morceaux, des atmosphères déroutantes, et l'évolution d'un album à l'autre. Il semble mettre un point d'honneur à être là où on ne l'attend pas, dans des morceaux changeant brutalement de style et prenant à contre-pied l'auditeur. Les deux compères ont manifestement une grande créativité et ne cherchent pas à plaire, n'hésitant pas à faire des morceaux longs impassables en radio... Ce sont en plus des gens généreux dont les albums dépassent les 70 minutes... Le son est un peu brouillon, mais riche, touffu, les couleurs sont le plus souvent sombres, tendues, et rares sont les morceaux qu'on pourrait trouver joyeux... Et si le chant de Bixler-Zavala peut parfois avoir des intonations un peu vulgaires, ou un peu mièvres, dans les passages lents comme des slows où sa voix devient racoleuse, avec des facilités expressives, il tire par ailleurs de sa virtuosité des effets incroyables, et une puissance hors-normes, dans les moments les plus énervés et les plus intenses, avec une force dramatique extrêmement rare aujourd'hui, voire tout bonnement exceptionnelle et unique... Amateurs de musique douce et sucrée, ce groupe n'est pas fait pour vous...
- Tremulant (2002) : seulement un EP comportant 3 titres, qui n'est qu'un point de départ, à peu près du même style que le suivant, mais pas vraiment indispensable.

- De-Loused in the Comatorium (2003) : album concept (tout le disque raconte une seule histoire), c'est le premier du groupe, et tout est déjà là, oscillant entre du rock dur, parfois un peu ordinaire dans des chansons d'intérêt moyen, et des morceaux titanesques, où le style complexe et unique du groupe, d'une tension extrême, ne vous lâche pas une seconde, vous secouant les tripes avec une efficacité totale. Le début de l'album, en un court morceau (1'35") appelé Son et lumière, est génial : des nappes synthétiques montent peu à peu du silence, accompagnées d'une rythmique arpégée à la guitare, sur un ton tout de suite tendu et inquiétant, la voix filtrée apparaît et chantonne, puis, après la deuxième phrase, des coups de batterie très puissants claquent, et amènent sans transition le deuxième morceau, Inertiatic esp, l'un des meilleurs de l'album, où la voix de Bixler-Zavala crie son chant à pleine puissance... Je ne vais pas continuer à décrire la structure du morceau, et encore moins de chaque morceau, mais, comme la plupart des titres, celui-ci est très construit, comprend plusieurs ruptures, change de lignes mélodiques, et Rodriguez-Lopez ne cesse de trafiquer les sons de sa guitare, donnant à l'ensemble des couleurs originales et fortes. Pourtant ce titre ne dure que 4 minutes. Ensuite, Roulette dares (The haunted of) est encore meilleur, pendant 7 minutes où la monotonie est impossible, tant le morceau est varié, changeant, riche et d'une énergie magnifique, montrant l'une des grandes forces de ce groupe : être tout le temps à fond, même quand il y a des passages calmes. Après un court morceau atmosphérique, avec des sons informes et une ambiance diffuse et plutôt inquiétante, comme il y en a souvent dans tous les disques du groupe, et qui laissent libre cours aux triturations en tous genres du guitariste, arrive Drunkship of lanterns, à mon avis le meilleur titre du disque, dont la fin est d'une puissance complètement folle et décoiffante, avec là encore des changements de rythme, et une tension sans relâche qui vous bloque presque la respiration... Quand on entend ça, on sait que The Mars Volta est un très grand groupe. Eriatarka qui suit, est d'une bonne facture, mais tout de même moins fort, moins urgent. Cicatriz esp est une sorte de plat de résistance, puisqu'il dure 12 minutes (!), passant à nouveau par des phases très diverses, lui donnant une structure complexe, notamment par une rupture totale, 
à la moitié du morceau, laissant place à 3 minutes de guitare bruitiste, comme évoqué précédemment, sans rythme, sans batterie ni percussion, avant que ne revienne peu à peu la charge qui achève l'ensemble frénétiquement. Le titre qui suit, This apparatus must be unearthed, est plus banal, plus simple, mais son refrain avec voix filtrée est lui original, et la tension propre à la musique du groupe opère à nouveau, pour aboutir à un final percussif brutal étonnant. Televators est une ballade un peu sirupeuse, un tantinet racoleuse, agréable mais pas indispensable. Enfin, le dernier morceau est sans doute le moins bon, rock assez banal, si ce n'est que, après moins de 3 minutes, un gros break amène une nouvelle séquence atmosphérique où alternent des passages aux ambiances diverses, avec ou sans batterie, avant de revenir au refrain pas très inspiré de la chanson. Bref, un excellent disque dans l'ensemble, avec quelques lourdeurs rock...

- Frances the Mute (2005) : deuxième album, et largement aussi bon que le précédent, voire meilleur, ce qui n'est pas un mince exploit, il est encore plus ambitieux, le groupe enrichissant sa palette de cuivres et de cordes, sans compter d'autres instruments additionnels, comme des percussions. Comportant une variété de morceaux plus grande que "De-loused in the comatorium", il a une structure bizarre, puisqu'il contient 12 plages, mais en fait 5 morceaux, le premier comptant 4 parties (mais tenant sur une seule plage), le quatrième 4 (tenant aussi sur une seule plage), et le dernier 5, correspondant aux plages 5 à 12 du CD (comprenne qui pourra). Le disque est globalement moins immédiatement rock, plus complexe, plus diversifié, pas évident d'accès, et il est chanté tantôt en anglais, tantôt en espagnol, mêlant influences jazz et latines. Bref, The Mars Volta ne cherche surtout pas la facilité, mais cherche, comme les vrais créateurs. Cygnus vismund cygnus, le premier morceau, de 13 minutes, a pour sous-parties Sarcophagi, petite chanson folk nostalgique qui ouvre l'album et dont la reprise le terminera, Umbilical Syllabes, chanson rock rapide qui est le cœur du morceau, Facilis Descenus Averni, l'excellent break où le rythme et le son démarrent doux et tendus à la fois, et montent peu à peu tandis qu'un solo de guitare simple gagne subtilement en intensité, puis retour de la chanson, et enfin Con safo, magnifique envolée d'arpèges de la guitare, avant le passage atmosphérique qui introduit au morceau suivant. Difficile à décrire, cette succession de phases variées et riches donne un morceau fleuve, puissant, avec des passages particulièrement réussis. On remarquera l'originalité des titres qui indiquent assez le goût fantasque et volontiers ésotérique des paroles écrites par Bixler... Après, The widow est un morceau lent, une sorte de slow très appuyé, où la voix de Bixler donne un peu trop dans le pathos, mais ça dure trois minutes, et la fin de la plage est occupée par un nouveau passage atmosphérique étrange avec sons de guitare triturée. L'via l'viaquez, chanté en espagnol et en anglais, est beaucoup plus consistant (12 minutes !) : refrains et couplets alternent en changeant complètement de musique et de rythme, les uns très rock et d'une violence implacable, les autres lents et mystérieux, imprégnés de percussions latines langoureuses, sans compter les breaks instrumentaux mettant en valeur la guitare électrique. Morceau complètement atypique, puissant et envoûtant. Il débouche sur Miranda that ghost just isn't holy anymore, enchaînant pendant ses 13 minutes 4 sous-titres, une plage atmosphérique de 5 minutes appelée Vade Mecum, puis Pour another Icepick, la chanson proprement dite, lente et triste, Pisacis (phra-men-ma), autre passage atmosphérique étrange, pour s'achever sur une belle reprise au son lointain de Con Safo (du premier morceau). C'est un peu trop long, et pas toujours assez tendu, plutôt en retrait... En revanche, arrive avec la plage 5 l'une des séquences musicales les plus délirantes, les plus intenses et géniales qu'il m'ait été donné d'entendre. En effet, Cassandra Gemini, qui contient donc 5 parties mais s'étale sur 8 plages de CD, est une suite haletante et folle enchaînant pendant une grosse demi-heure (!) des phases extrêmement variées, à tous points de vue (mélodique, harmonique, arrangement, rythmes etc), le tout clouant l'auditeur sur place : Tarantism, Plant a nail in the navel stream, Faminepulse, Multiple spouse wounds, et le retour de Sarcophagi... Décrire cette succession serait ridicule. Sachez seulement que, si la chanson elle-même, qui occupe la plage 5 et revient à la 11, est basée sur un thème assez banalement fédérateur, en revanche, ce qui se passe entre les deux moments est proprement inouï et comporte des passages d'une puissance, d'une intensité, d'une sauvagerie proprement extraordinaires, notamment les plages 6, 7 et 8 (qui forment la partie appelée Faminepulse), soit plus d'un quart d'heure de folie. Le passage atmosphérique (Multiple spouse wounds), bien que calme et donc d'une énergie nettement moins grande, est néanmoins très tendu et très beau, avant qu'un chaos de violence ne vienne annoncer le retour du thème de la chanson. Enfin, quand revient la petite mélodie à la guitare sèche du début (Sarcophagi), et que le silence se fait, on est abasourdi, complètement secoué par autant d'énergie, autant d'urgence. Une claque comme celle-là, très peu de groupes sont capables d'en donner, et seulement ceux qui ne font pas semblant, qui se donnent à fond ! Là, The Mars Volta atteint les sommets des plus grands et restera dans l'histoire au moins pour cette demi-heure hallucinée et sublime, d'une puissance exceptionnelle...

- Amputechture (2006) : après "Frances the mute", le groupe ne pouvait pas monter plus haut, et même ne pouvait que redescendre... Evitant le piège, le groupe fait avec Amputechture autre chose, de moins ambitieux certes, où on retrouve sur certains titres l'ambiance plus ordinairement rock du premier album, mais avec du nouveau, et une créativité toujours vivante. Si on ne retrouve globalement plus la frénésie de "Cassandra Gemini", le niveau reste excellent, la puissance intacte, et on peut considérer qu'avec cet album se referme une trilogie, dans la mesure où les suivants n'auront plus l'inspiration incroyable de ces trois disques. Là encore, on trouve des morceaux d'une longueur déraisonnable pouvant aller jusqu'à 16 minutes de délire très organisé et de ruptures surprenantes. A peu près tout est bon, à commencer par le premier titre, Vicarious atonement, chanson étrange, très lente, sans batterie, à la tonalité inconfortable, introduite par un beau solo de guitare entouré de triturations diverses, et où la voix de Bixler reste douce, intime, sans qu'il y ait jamais de montée en puissance, amenant vers Tetragrammaton, le morceau de bravoure de l'album, qui enchaîne sur plus de 16 minutes les ruptures rythmiques, mélodiques, instrumentales etc. A mon sens pas le meilleur du disque, parce que les thèmes mélodiques manquent un peu de force, et sont un peu banals, il a néanmoins une belle énergie rock, une variété d'idées qui relancent toujours l'intérêt. Mention spéciale pour la dernière étape du morceau, à 5 minutes de la fin, qui laisse le rock de côté pour installer un rythme lent, pesant et intense, où la guitare et la voix se distordent douloureusement. Vermicide, le titre qui suit, plutôt lent, a un joli thème de couplet, mais le refrain est trop basiquement rock pour en faire un très bon morceau. Le break final est néanmoins beau, intense et efficace.  Meccamputechture est le tube du disque, le truc à la rythmique imparable qui vous embarque pendant plus de 10 minutes. Même s'il s'ouvre sur des paroles scandées par Bixler un peu à la façon d'un Freddy Mercury, cela fait heureusement tout de suite place à un déferlement sonore où surnage un saxophone puissant qu'on retrouve tout au long de l'album, et s'installe alors le riff de basse hypnotique (trop discret dans le mixage, pas assez appuyé) qui parcourt tout le morceau, tandis qu'une ambiance lourde et statique s'imprime dans les neurones de l'auditeur, interrompu par un refrain très efficace. Bref, même s'il est un peu répétitif, c'est un très bon morceau obsédant, immédiatement séduisant. Je n'en dirai pas autant du titre suivant, Asilos Magdalena, jolie et triste chanson en espagnol accompagnée principalement à la guitare sèche, dans un style classique. C'est joli et sensible, mais il faut aimer ce style typique qui dépare nettement du reste de l'album. La fin du morceau, rejointe par des triturations de guitare et de voix filtrée, donne un relief inconfortable bien venu, intégrant mieux la chanson au style du groupe. Ensuite, Viscera eyes replonge instantanément dans le bain rock, par un riff de guitare rythmique à la Led Zeppelin, du genre hyper efficace, qui remet les pendules à l'heure. Et le morceau (de 9 minutes) est vraiment très bon, d'une tension constante. Le break à près de 6 minutes nous lance sur une direction complètement différente, et termine le morceau dans un tourbillon d'énergie. Arrive alors Day of the baphomets, qui est, à mon avis, le clou de l'album... Durant près de 12 minutes, s'ouvrant sur un solo de basse, et enchaînant sur une furie sonore où se mêlent saxo et cris de Bixler, il plonge tout de suite l'auditeur dans un flot d'énergie et de violence qui l'embarque sans lui demander son avis, comme par une attraction irrésistible. Pourtant le chant n'est pas très fouillé ni très beau, en tout cas dans les 7 premières minutes, mais l'ensemble est d'une puissance délirante, tant par la force des riffs et lignes mélodiques instrumentales, que par la vivacité des changements, les trouvailles sonores, l'urgence des rythmes sans aucune relâche, le dialogue entre saxo et guitare, et aussi l'intensité de la voix et de son chant dans les 4 dernières minutes. A part ça, il se passe tellement de choses en 12 minutes, c'est si riche en idées qu'un autre groupe étalerait sans doute ce matériau sur tout un album. Là encore, The Mars Volta montre le niveau de son génie créatif, son engagement artistique sans concession. Franchement, si les préjugés, le fanatisme et le snobisme ne gouvernaient pas notre monde, il apparaîtrait clairement à tous les amateurs qu'on a là un groupe à la hauteur de monuments comme Led Zeppelin... Le titre qui clôt l'album est, comme celui qui l'ouvrait, un morceau étrange, lent, à l'ambiance mystérieuse, et dérangeant pour des oreilles habituées aux harmonies simples et rassurantes. D'ailleurs, l'accompagnement discret à la tanpura et au sitar en montre l'inspiration indienne. Apparemment informe sur le plan mélodique, El ciervo vulnerado plonge l'auditeur dans une torpeur inconfortable, embrumée, la voix passée à l'envers en fin de morceau renforçant l'impression de bizarrerie. Ni bon ni mauvais, c'est une curiosité sympathique qui retombe assez fortement après la bombe de "The day of the baphomets". Vous l'aurez compris : voilà un excellent disque, surtout dans le désert de la musique pop/rock actuelle. Et je désespère de trouver un groupe plus récent digne de continuer cette liste...

- The bedlam in Goliath (2007) : le groupe semble marquer le pas, avoir été au bout de ses capacités, car l'album est plus basique, plus typiquement rock, bordélique et un peu lourd, avec des rythmes très soutenus, très rapides, l'ensemble étant plus violent que les albums précédents, et globalement sans lignes mélodiques qui prennent. C'est donc moins bon, moins intéressant, mais, cela dit, le disque a tout de même la patte et l'énergie Mars Volta, et reste quelque chose d'un peu hors-normes, délirant et foutraque, où on trouve quelques bons morceaux. Le côté un peu rebutant et décevant de ce disque (quand on aime les précédents albums) s'estompe après plusieurs écoutes, même s'il y a des morceaux pas loin d'être mauvais. Parmi les bons morceaux, on peut compter le premier, Aberinkula, dans un genre "heavy metal" assez basique, mais efficace, d'autant que, comme d'habitude, un break vient casser la banalité, animé d'un autre rythme et réchauffé par le saxophone qui lui apporte une intensité très forte. Le morceau qui suit, sans transition, Metatron, en est directement le prolongement, sur le même ton, avec la même frénésie, et une batterie basique, mais c'est plus banal, globalement moins bon, et les changements qui animent ses 8 minutes n'apportent pas grand chose. Morceau écoutable mais pas du tout indispensable. On peut à peu près en dire autant pour les suivants, Ilyena, bien pulsé mais un peu racoleur, Wax Simulacra, qui plaira plus aux amateurs de heavy metal qu'à ceux du groupe. Même chose, apparemment, pour Goliath, si on en juge par sa première moitié : c'est bourré d'énergie, et ça prend, mais c'est lourd et trop carré. Sauf que la séquence qui démarre après le break, à peu près à la moitié du morceau, atteint une autre dimension, avec un niveau de folie furieuse franchement réjouissante. Tourniquet man fait une coupure nette, car cette chanson d'à peine plus de 2'30" est lente, triste et jolie, relevée à la fin par des triturations de la voix qui lui ajoutent une étrangeté assez belle. Malgré ses ruptures, Cavalettas n'est pas très bon et dure trop longtemps (9 minutes). Arrive alors un troisième bon morceau, Agadez, à la rythmique et au thème prenants, avec quelques trouvailles qui font échapper ce morceau au rock de base. Askepios est suffisamment "barré", torturé, désordonné et puissant pour être séduisant, proposant en 5 minutes un nombre d'idées musicales impressionnant. Ouroboros, sans doute le tube de l'album, au refrain très fédérateur, pour ne pas dire racoleur, est néanmoins vraiment bon, enlevé à un rythme d'enfer, irrésistible, d'une énergie sidérante, qui ressort d'autant mieux que, les breaks étant sans batterie, les reprises sont fulgurantes. Et enfin, dernier bon morceau, Soothsayer, le plus original, le plus étrange et le plus beau, parce que d'inspiration orientale, il sonne un peu comme le "Kashmir" (Led Zeppelin) de The Mars Volta. Rythmique hypnotique en boucle, chant trituré dans un refrain émouvant, forte tension dramatique, couleur sombre de l'ensemble en font un morceau fascinant. Les deux derniers morceaux, Conjugal burns, rock épais, Candy and a currant bun, reprise de la chanson de Syd Barrett, n'ont à peu près aucun intérêt...

En 2009 est sorti Octahedron, le plus facile d'accès de tous leurs disques, plus basé sur des ballades et des slows (hormis 2 morceaux sur 8), avec des éléments acoustiques comme la guitare sèche, auquel on peut reprocher d'être "mainstream", un poil sirupeux, nettement plus "grand public"... C'est gentiment joli, platement sentimental, et pas très inspiré. Le groupe semble ne plus avoir grand chose à dire, et le fait qu'il y ait 25 minutes de musique de moins que sur les albums précédents n'est sûrement pas anodin. En tout cas, aucun bon morceau ne lui donne un véritable intérêt, sauf, peut-être, le dernier, Luciforms, le plus composé de l'album, et le plus proche des disques précédents.

- Noctourniquet (2012) : retour à un disque plus musclé, plus percutant, mais pas aux longues compositions épiques d'avant "The Bedlam in Goliath". Le format est là encore plus carré, plus conventionnel. Le groupe n'a visiblement pas retrouvé la force des meilleurs albums. La petite originalité de ce disque est l'ajout modéré de synthétiseurs. 13 titres, entre 3 et 7 minutes, et dans l'ensemble pas très bons, mais on peut dégager quelques morceaux plus forts, comme le premier
The whip hand, du Mars Volta correct, Dyslexicon, Empty vessels make the loudest sound, une assez belle ballade rendue intéressante par des arrangements sales sur le refrain, The malkin jewel, chanson narquoise à la rythmique lourdement martelée et au final vraiment émouvant et désespéré, peut-être le meilleur morceau de l'album, et enfin Absentia, pas très bien fichu et brouillon, mais avec une première partie avec une atmosphère pesante, et une deuxième assez jolie...
Le reste, c'est soit du rock basique typique du groupe, d'ailleurs pas mauvais, soit des ballades sirupeuses. Album pas indispensable, mais plus intéressant que le précédent...

Il a par ailleurs sorti un album live (Scabdates, 2005), franchement loupé (mauvais son, fouillis, délire d'improvisations sans intérêt, voix fausse etc).

Pour ce qui est des films, débrouillez-vous avec youtube (on y trouve un
Live at Lowlands 2003 de 45 minutes très bon), car, s'il existe quelques bonnes vidéos de concert, le groupe n'en a malheureusement pas publié en DVD... The Mars Volta, apparemment méconnu en France, est certainement un des plus grands groupes des années 2000 et restera dans l'histoire.



OMAR RODRIGUEZ-LOPEZ (2004-en activité)

Voilà un monsieur qui mérite bien de figurer ici, même si ses productions sont (très) inégales, car il sort nettement du lot, dans ces temps de sinistrose où le rock ne fait que rabâcher, et où on attend désespérément du neuf. C'est le guitariste, compositeur, producteur de The Mars Volta, un bourreau de travail, qui, non content d'avoir un gros succès avec son groupe, semble vivre la musique comme une urgence, en artiste authentique. Jugez-en : il a fait 28 albums à son nom entre 2004 et 2012, seul, en trio, quartet, quintet, avec des chanteuses, avec ses acolytes de The Mars Volta etc ! Certes, ils ne dépassent guère les 40 minutes, mais ils montrent bien la boulimie du bonhomme. L'inspiration n'est pas toujours au rendez-vous, et il y a sans doute peu de morceaux que l'on puisse considérer comme des chefs-d'œuvre, mais ces disques sont parcourus de petits morceaux de génie, investis d'un engagement sincère et fort, habités par la quête insatiable d'un musicien qui cherche toujours, et se hasarde sur des sentiers à la fois risqués, car peu commerciaux, souvent difficiles, et nourris d'influences clairement identifiables, notamment le rock latino-américain d'un Santana, le jazz-rock d'un Zappa, et les délires du free-jazz, donnant une sorte de free-rock fortement ancrée dans les années 60-70. Comme les productions sont variées et inégales, je ne vais pas les passer en revue, mais tenter d'en signaler les plus réussies... Je précise que, malheureusement, sa démarche est très méconnue en France, et que ses CD sont difficiles à trouver, voire introuvables pour certains. Mais Omar Rodriguez-Lopez a un site où toutes ses productions sont écoutables gratuitement, et téléchargeables pour des prix raisonnables :
http://omarrodriguezlopez.bandcamp.com/

Parmi les disques les plus convaincants, il y a une veine rock fusion :
- Omar Rodriguez (2005) : portant simplement le nom du musicien, ce qui ne facilite vraiment pas la recherche sur internet, voilà un disque décoiffant, entre jazz-rock, rock progressif et rock psychédélique, particulièrement efficace, où rien n'est à jeter. C'est très années 70, entre les improvisations zappaïennes les meilleures et le Miles Davis de 69-72. Ça déboule à plein tube, les plages les plus impressionnantes durant 10 et 18 minutes, avec essentiellement Adrián Terrazas-González au saxophone, le frère Marcel
Rodriguez-Lopez à la batterie et aux claviers, et quelques apparitions occasionnelles d'autres musiciens, le tout hypnotique, psychédélique, envoûtant. Je ne détaille pas, car tout est du même niveau, et les titres sont en néerlandais... Il y a juste une particularité renvoyant elle aussi aux années 70 : le 4ème morceau, de 7 minutes, est lent et accompagné de sitar, et le saxophone est troqué contre une clarinette basse du plus bel effet. Atmosphère orientale garantie. Le disque est excellent et montre qu'on peut faire en 2005 de la musique des années 70 sans être déplacé, réussissant à donner autant de vie et de force que si cette musique avait été créée à l'époque, sans faire réchauffé, sans faire plat...
- The Apocalypse Inside of an Orange (2007) : dans le même genre, on y trouve des morceaux instrumentaux d'une inspiration proche avec des rythmiques funky et des chœurs de saxophones, le tout enlevé, plein d'énergie, et notamment une version alternative d'un morceau de l'album de 2005, Jacob Van Lennepkade II, long délire de 18 minutes. Les musiciens sont à nouveau Adrián Terrazas-González aux saxophone et clarinette basse, Marcel Rodriguez-Lopez à la batterie, mais aussi Juan Alderete à la basse, Money Mark aux claviers. Si on aime le genre, c'est du tout bon.
- Sepulcros de Miel (2010) : c'est une sorte de longue composition instrumentale sans doute plus ou moins improvisée d'une petite demi-heure, là encore très inspirée du jazz-rock et des longues plages psychédéliques du tout début des années 70, avec des passages planants... Les musiciens sont Marcel Rodriguez-Lopez à la batterie et aux claviers, John Frusciante à la guitare et Juan Alderete à la basse.

On peut encore évoquer la veine "The Mars Volta", où Omar retrouve la plupart des musiciens du groupe, notamment le vieux complice et chanteur Cedric Bixler-Zavala, dont la voix reconnaissable entre toutes fait l'identité du groupe :
- Se dice Bisonte, no bufalo (2007) :

- Cryptomnesia (2009) : assez proche de la violence rock sans concession de l'album "The Bedlam in Goliath". Tout y est pressant, urgent, et la batterie de Zach Hill mène l'ensemble avec une force et une technique épuisantes pour l'auditeur... L'ensemble déferle avec une grande unité, où se distinguent à peine quelques morceaux plus efficaces que d'autres, comme Half Kleptos, à l'excellente rythmique menée par un riff imparable à la guitare et à la basse, le genre de truc qui vous embarque d'emblée, et vous laise tomber d'un coup sans prévenir au bout de 3 minutes ; Cryptomnesia, presque aussi efficace, avec des ruptures qui rappellent très fortement The Mars Volta, ou Warren Oates, dans le genre rock tendu à l'extrême. Pas la plus grande réussite d'Omar Rodriguez-Lopez, mais, pour qui aime le rock effréné, un bon disque...


Enfin, il ne faut pas rater une autre direction suivie par Rodriguez-Lopez, une sorte d'électro "barrée", où son inspiration est la plus originale. En 2012, il a sorti 3 disques de forte inspiration électronica, aux atmosphères assez morbides, où il chante avec une voix filtrée, et des arrangements cultivant l'étrangeté, avec quelques très jolies réussites.
- Un Corazón de Nadie
(2012) : où il signe tous les postes, vrai disque solo donc, bon en totalité : synthés intelligemment utilisés et omniprésents, atmosphères inconfortables, invention à peu près constante, et étonnante de la part d'un rockeur peu habitué à ces outils, d'autant qu'il réussit à en tirer une musique originale qui distille un fort malaise. C'est sombre, morbide, malsain, maladif, délicieusement névrotique et dissonant, froid, pesant, lourdement martelé... Une réussite.
- Saber, Querer, Osar y Callar
: o
n retrouve à peu près le même esprit, mais en moins homogène et en moins réussi, et en moins synthétique, moins électro, puisque certains morceaux retrouvent guitares, batterie, basse.
- Unicorn Skeleton mask : sans doute le plus morbide, le plus inclassable des disques de Rodriguez-Lopez, où les bidouillages électroniques et les synthés évoquent l'électro, mais où les instruments rock habituels font un mélange inidentifiable. C'est en tout cas fort, malsain, névrotique, obsessionnel, sombre, la voix de Lopez est systématiquement triturée, et le résultat, pour peu qu'on y entre, est fascinant, et va plus loin dans cette veine que les autres albums, "Un Corazón de Nadie" compris.
 
Il y a bien encore une veine très expérimentale, bruitiste, improvisée, mais, comme presque toujours dans ces cas-là (voir King Crimson), de peu d'intérêt...


N'hésitez pas à me faire part de vos propres conseils dans ce domaine, car je serai ravi de découvrir de nouveaux groupes...






Si mes avis vous intéressent, vous pouvez en retrouver sur le site Amazon, où je laisse des commentaires, sous le pseudonyme EB : Commentaires EB



   

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